José favorable à l'autodétermination

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Alors comme il y a quelques Corses dans notre groupe, un interview de José à U Ribombu... pace i salute ! Apparemment, il n'avait pas encore les 500 parrainages...

José Bové favorable à l’autodétermination


 




José Bové ne se présente plus. Son combat est international et il est reconnu bien au-delà des simples frontières françaises. Pour populariser ses luttes, il a décidé de se présenter à l’élection présidentielle française. Le Ribombu l’a rencontré pour connaître ses positions sur la Corse.


URibombu : Quels regards portez-vous sur la terre de Corse ?

José Bové :
Je pense que la terre de Corse, chacun sait que c’est une île, que c’est un territoire à part entière et donc en tant que territoire, il a sa propre logique, que la Corse n’est pas née comme ça, c’est le fruit d’une culture, une culture qui s’est construite sur des millénaires, et qu’aujourd’hui, on ne peut pas parler de la Corse sans parler de sa langue, de sa culture et de son peuple, et qu’aujourd’hui l’avenir de la corse passe par la reconnaissance de cette identité qui est à la fois sociale, culturelle et territoriale.


URib. : Pensez-vous que la mondialisation touche aussi la Corse ?

José Bové :
De manière évidente, la Corse n’est pas en dehors du monde, donc la Corse est de manière très claire liée à la fois à la réalité française, à la réalité européenne et à la réalité mondiale, et qu’aujourd’hui la Corse est victime de la logique libérale, de la logique productiviste, et que la Corse, dans cette logique-là, ne peut pas développer sa propre activité économique, on le voit bien sur la question de l’agriculture où rien n’est fait pour qu’il y ait un véritable développement et qu’on affirme la nécessité qu’une grande partie de la consommation en Corse des produits agricoles doit être produite sur place, je pense que cela aussi c’est une question centrale qu’on retrouve à la Guadeloupe, qu’on retrouve aux Antilles, qu’on retrouve à la Réunion, qu’on retrouve en Nouvelle-Calédonie, qu’on retrouve partout, je pense donc que c’est très important c’est qu’il y a nécessité de localiser l’économie et que les réponses aux besoins premiers de la population viennent de l’activité locale que ce soit en terme agricole, en terme artisanal, en terme industriel, que ce soit en terme d’énergie, il y a nécessité effectivement de concevoir le développement de manière autocentré.


URib. : A notre connaissance, il n’y a pas de culture O.G.M. en Corse, pouvez-vous nous le confirmer ?

José Bové :
A ma connaissance, non, il n’y a pas de culture OGM en Corse, il n’y a jamais eu d’essais O.G.M. sur le territoire corse, il n’y a jamais eu de culture en pleins champs non plus, je pense que c’est une bonne chose et qu’on ne peut que s’en féliciter !

Le seul problème c’est que l’élevage corse importe de l’aliment du bétail qui vient de métropole ou d’autres pays méditerranéens et que là, effectivement, il n’y a aucune garantie que le maïs ou le soja utilisés dans cet aliment ne soient pas avec des O.G.M. Le problème c’est qu’au niveau européen aujourd’hui, c’est qu’il n’y a pas de traçabilité de l’aliment du bétail et je crois que cela devrait être une nécessité, que la question au sujet des produits de l’agriculture corse, je pense en particulier à la charcuterie ou au fromage, il faudrait qu’il y ait véritablement une affirmation de l’ensemble de ces filières pour dire « nos produits doivent être garantis sans O.G.M. » c’est-à-dire faire une pression en amont qui importe ces aliments quand il y a besoin d’avoir des compléments azotés notamment pour que ces aliments soient garantis sans O.G.M. A mon avis, c’est un combat qui doit être très important parce que cela permet de garantir que les produits corses ont à la fois une origine territoriale et assurent en même temps une garantie en terme de qualité par rapport à l’agriculture industrielle cela pourrait être vraiment une spécificité et un combat qui réunissent l’ensemble des acteurs en Corse que cela soit les paysans, que cela soit les consommateurs, que cela soit les élus.


U Rib. : L’agropastoralisme étant fortement lié à notre culture, qu’envisageriezvous pour nous permettre de développer notre agriculture ?

José Bové :
Je pense que la première chose c’est un, de permettre de développer la capacité de production, permettre à ce que les produits corses puissent se vendre à un prix correct afin d’assurer des revenus aux paysans. Je pense que la première chose est qu’il faut permettre aux paysans d’avoir un revenu et c’est à partir de ce moment, s’il y a un revenu, que l’on pourra créer de l’emploi mais en même temps, cela ne va pas suffire, je crois qu’il faut qu’il y ait un effort fait par la Collectivité en terme d’installation, de soutien d’installation, en terme d’aménagement du territoire pour permettre une gestion de l’usage du foncier qui soit collectif comme il a toujours été en Corse, où des usages se croisaient à des niveaux multiples, notamment au niveau de l’élevage et au niveau de la châtaigneraie.

Tout cela fait parti d’un tout, il faudrait un aménagement du territoire qui soit mené par les gens eux-mêmes avec des règles foncières qui permettent l’installation et qui permettent sans remettre en cause le fonctionnement de la propriété traditionnelle, que l’on puisse installer des gens en location et qu’on puisse avoir un plan très clair, cela nécessite aussi que l’on puisse lutter contre la spéculation et la fermeture du territoire par la logique spéculative et par le tourisme et l’équipement qui se font contre toutes les règles, notamment surtout la question du littoral, là où il faut être très clair et avoir une position anti bétonnage, ce qui fait aujourd’hui la spécificité de la Corse. La Corse, contrairement à la Côte d’Azur, a su se protéger, malgré cela on voit bien qu’il y a toujours des tentatives…

Après avoir commencé à en parler sur le foncier, sur les produits, sur la valorisation des produits, sur la nécessité d’avoir une infrastructure qui permette la transformation sur place, je pense en particulier à la question des abattoirs, cela me parait capital, on sait très bien qu’aujourd’hui, il y a beaucoup d’importations, alors qu’on peut produire localement, il faut valoriser les races locales, notamment les ovins et les chèvres, oui, je pense qu’il y a énormément de choses qu’ils peuvent faire, et pour cela, il faut qu’évidemment il y ait des structures économiques, pour développer le marché local et faire en sorte qu’ il y ait une priorité sur le marché local pour les produits locaux.

Cela me paraît très important, cela veut dire qu’il y ait une action claire face à la distribution pour que la distribution priorise d’abord la production locale, que ce soit la production locale qui soit le centre du marché et que quand la production locale ne peut pas satisfaire on importe le nécessaire, et pas faire l’inverse. Parce qu’aujourd’hui, c’est la grande distribution qui structure le marché à la place de la production locale, et la production locale devient simplement un supplément de ce que la grande distribution ne peut pas faire, et devient une production folklorique ou simplement une production festive alors qu’elle devrait être la production centrale en terme de consommation.

Il faudrait inverser le processus pour que, et cela veut dire une pression à la fois structurée au niveau des pouvoirs publics, au niveau des Assemblées d’élus, au niveau des outils économiques et de la distribution.


URib. : Si vous êtes élu président, seriez-vous prêt à accorder le pouvoir législatif à la Corse ?

José Bové :
Je pense qu’il faut partir, à mon avis, d’un débat : quelle est la spécificité, comment on fonctionne ? Je crois que là-dessus on doit être très clair sur l’évolution institutionnelle, on construit l’autonomie des territoires, ce qui est valable pour la Corse doit être valable pour d’autres régions, et que les choses se construisent par rapport à une construction européenne où la logique des régions l’emporte simplement sur la logique des Etats, donc je crois que c’est cela qui est important.

Donc qu’est-ce qui est du domaine régalien, qu’est-ce qui est du domaine des territoires ? A partir de là, c’est un processus en construction. Pour moi, la question ne doit pas se régler du jour au lendemain, mais doit être le fruit de la construction politique des territoires qui décident au fur et à mesure comment ils avancent vers la prise de décision qui concerne directement leur propre territoire. Et à ce moment-là, effectivement, on peut aussi aller vers des règles législatives qui sont liées à des territoires qui ont des spécificités, à partir de là, on construit un mode de prise de décisions qui font qu’on évolue de plus en plus vers un système d’autogestion territoriale, parce que je pense qu’il est plus important dans l’autogestion de territoires où les gens se prennent directement en charge à partir de leur propre autorité ; et c’est cela, à mon avis, le sens de la valeur qu’on doit accorder à cette réflexion-là, en terme de valeur de prise en compte de leur avenir par les gens eux-mêmes par rapport à leur propre réalité, le fait d’être dans une réalité insulaire, avec une culture et une tradition, fait qu’on a effectivement une nécessité de pouvoir décider de ce qui est central pour son avenir.

U Rib. : La Corse étant une île, elle est éloignée des continents, ne pourraitelle pas bénéficier d’un statut particulier semblable à celui de la Sardaigne, de la Sicile ou des Pays d’Outremer ?

José Bové :
Je pense que la France souffre d’une logique centralisatrice, d’une logique jacobine et qu’aujourd’hui c’est une logique qui va contre la logique que vivent la plupart des peuples dans le monde, donc c’est évident que l’on doit aller dans une logique fédérale. Moi, je suis fédéraliste dans l’âme, ce qui veut dire qu’il faut que l’autonomie fonctionne à partir de réalités, bien évidemment qu’il y a une solidarité entre territoires et cela est la logique de la redistribution mais en même temps que les prises de décisions qui concernent le territoire lui-même doivent émaner du territoire et donc cela veut dire dans la mesure une évolution vers cette logique-là. Mais, à mon avis, cela doit être dans le fondement de la construction de ce qu’on réclame, c’est la remise en cause de la République monarchique dans laquelle nous sommes vers une nouvelle république qui mettra les citoyens au coeur pour que les gens puissent prendre leur propres décisions.


URib. : Que pensez-vous de la Déclaration de Corti faite par les peuples placés sous tutelle française en cinq points : le premier, le droit de mettre en oeuvre dans le cas d’un statut officiel, le développement de nos langues et de nos cultures ; deuxième point, le droit de promouvoir et de maîtriser notre développement économique et social ; troisième point : droit à la reconnaissance en tant que peuple et nation ; quatrième point, le droit à l’autodétermination ; cinquième point, le droit de mettre en oeuvre un processus de décolonisation ?

José Bové :
Je pense qu’il y a un certain nombre de points qui ne font pas débat sur l’autogestion, la question sociale, sur la langue, sur la question de l’administration, aujourd’hui on est dans le cadre d’un regroupement donc je peux, moi, prendre des positions qui ne sont pas aujourd’hui des positions de l’ensemble des collectifs, je pense qu’il faut que l’on respecte aussi la construction collective dans laquelle on est. Ce qui fait qu’aujourd’hui, les questions qui vont faire débat, c’est évident, c’est cette vision de la question de concevoir la Corse dans le cadre d’un débat colonial ou pas, moi, je peux avoir un avis, d’autres qui sont différents. Mais à mon avis, ce qui est important, c’est que ce débat, on peut l’avoir entre nous et qu’on peut avancer aussi dans une prise en compte d’une vision où chacun entend ce que l’autre dit, parce qu’à mon avis, il n’y a pas d’idée figée et aujourd’hui les discussions c’est cela qui est important. Dans ma déclaration de candidature, je crois que je suis le seul candidat à avoir dit qu’il fallait que l’ensemble des départements et des territoires d’Outre-mer puissent avoir l’équité par rapport aux autres territoires, je n’ai pas dit égalité, équité est plus important qu’égalité, et qu’ils puissent choisir leur propre destin par autodétermination. Cela a été écrit et n’a pas été remis en cause. Après, comment cela va se construire, sur quel territoire, sur quel espace, cela est un processus qui est dans le débat et donc on ne va pas le trancher aujourd’hui, mais je pense que c’est important que tout le monde entende cela parmi l’ensemble du camp antilibéral dont on sait très bien qu’il regroupe des gens qui sont de cultures politiques différentes, puisque dans le camp du « non » par exemple, on avait des gens qui étaient beaucoup plus dans la logique de l’Etat-nation, que d’autres qui étaient plus dans une logique de fédération. Donc, voilà c’est le débat qui je pense avance, mais qui ne va pas se régler aujourd’hui mais c’est parce qu’on sera ensemble pour porter cette campagne et construire cet avenir qu’on va pouvoir dépasser les positions et arriver à un consensus sur cette question.


U Rib. : En Corse, nous n’avons pas de statut équivalent à celui des Pays d’Outre-mer...

José Bové :
C’est pour cela que je parle d’équité et qu’aujourd’hui le statut institutionnel doit correspondre aux réalités des territoires, donc si aujourd’hui, au niveau de la Corse, il y a une nécessité d’avancer vers un statut identique aux T.O.M. ou aux D.O.M., c’est à voir effectivement quel est le mode institutionnel qui permet effectivement de traduire cette réalité.

Je vois que c’est très important, c’est pour cela que la notion d’équité est centrale, la notion d’équité cela veut dire que chacun est différent et que donc c’est à partir de ces différences qu’on doit permettre à chacun d’avoir le même niveau de développement en terme social, culturel et de prise de décisions.


U Rib. : Pour vous, les clandestins corses qui portent la lutte armée, sont-ils des terroristes ou des résistants ?

José Bové :
Je me suis toujours exprimé d’une manière très claire, ce n’est pas à moi à porter un jugement sur les formes d’action que choisissent les mouvements politiques, moi, je m’inscris dans le cadre de l’action non violente et de la désobéissance civile, chacun le sait, donc moi, j’assume, je suis plutôt quelqu’un de l’action à visage découvert quitte à désobéir à la loi, quitte à assumer ses actes. Voilà, je ne suis pas personnellement quelqu’un qui pense que la stratégie de la lutte armée soit une fin en soi et qu’il y ait une possibilité de dépasser cette forme d’action en termes d’efficacité et en termes de possibilités d’élargir le soutien au combat. En même temps quand je dis cela, je ne porte pas de jugement sur les personnes simplement c’est ma façon de concevoir le combat et de le mener. D’autres luttes se sont passées dans le monde, je ne sais pas, c’est l’Histoire qui juge, ce n’est pas les personnes, ce n’est pas en terme de jugement moral que je fais cela, mais plus en terme de perspective politique, de prise en compte d’une lutte par le plus grand nombre parce que ce n’est pas le plus grand nombre qui arrivera à soutenir une lutte peut déboucher sur un véritable changement et une véritable transformation.


URib. : Sur presque 70 prisonniers politiques, seulement deux sont incarcérés en Corse. Qu’en pensez-vous ?

José Bové :
Aujourd’hui, sur cette question-là, l’Etat français n’applique pas ses propres règles, puisqu’il y a une loi qui prévoit que le détenu doit être le plus proche de sa famille et aujourd’hui on est effectivement dans une logique discriminatoire. Par rapport aux prisonniers corses comme par rapport aux prisonniers basques où la revendication est identique, il n’est pas normal que des gens qui sont condamnés à la prison ne bénéficient pas des mêmes règles en fonction de la raison pour laquelle ils sont incarcérés.

Donc tous les détenus, c’est une règle du droit français, doivent être le plus proche de leur famille, c’est comme cela que je pense que les détenus corses doivent pouvoir être incarcérés, puisqu’ils sont incarcérés, que leur détention doit pouvoir se faire en Corse donc le plus près de leur famille, c’est une nécessité aujourd’hui.


URib. : Pensez-vous que les Corses incarcérés pour leurs idées devraient avoir un statut de prisonniers politiques comme vous l’aviez réclamé pour vous-même ?

José Bové :
je pense qu’aujourd’hui, les personnes qui sont détenus pour avoir mené un combat politique, sont de fait des prisonniers politiques. On sait très bien que le statut de prisonnier politique n’existe plus en France, mais que de toute façon, ce n’est pas le statut juridique qui le définit, c’est la réalité et qu’aujourd’hui collectivement, les gens qui sont en prison pour un combat d’idées, pour avoir défendu une cause, je dirais quelle qu’elle soit, parce qu’on n’est pas forcé d’être prisonnier politique avec des idées complètement opposées aux miennes pourtant je reconnais que c’est différent de quelque chose qui se fait dans un but individuel ou dans un but d’enrichissement personnel ou de voyoucratie. Donc, je pense, qu’il faut véritablement reconnaître le statut de délit d’opinion en termes de politique.


U Rib. : Envisagez-vous prochainement de venir en Corse pour un meeting ?

José Bové :
Si c’est possible, on va essayer de faire en sorte de pouvoir organiser un maximum de réunions publiques, de débats partout où va se passer cette élection et que si c’est possible, ce sera avec un grand plaisir, mais d’abord pour pouvoir faire cela, il faut bien que la campagne ait lieu et pour faire la campagne, il faut avoir des signatures. Donc c’est la condition nécessaire, pour que le débat que l’on pose et le débat que l’on appuie puisse être présent dans le débat politique.

Le plus grave serait que ce courant antilibéral aujourd’hui qui est entrain d’être porté ne puisse pas être présent partout parce que l’on se retrouve bloqué pour une question institutionnelle parce que l’on n’a pas toutes les signatures.


URib. : Vous en êtes à combien de signatures ?

José Bové :
Environ 200, donc cela veut dire qu’on a encore énormément de « pain sur la planche » et que le moins qu’on puisse dire c’est qu’on ne soit pas soutenu par les institutions et par les grandes formations politiques pour l’instant.

Propos recueillis par Mariana

Sources U RIBOMBU

Posté par Adriana Evangelizt

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Gabe 29/03/2007 18:51

Je voterai Sarkozy, je suis pour que notre France reprenne ses droits, ceux du peuples, ceux de la logique contre ce monde capitaliste qui nous conduit droit dans le mur...++++ et pour voir les actus des actions parisiennes et actions nationales sur l'environnement, la politique, le climat, je serais heureux d'avoir vos commentaires sur mon blog...Vive Bové qui est la vrai alternative à cette politique devenus monarchie déchue...www.koafaire.over-blog.com