Les industriels et les OGM

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Alors quand on lit l'article ci-dessous, on se dit que vraiment tout ce qui vient des Etats-Unis n'a qu'un seul but : faire du profit au détriment de la vie de l'humanité ou de sa santé. Le pire étant qu'ils veulent nous forcer à consommer leur merde d'OGM, il n'y a pas d'autres mots pour un cancer qui se répand tant dans le sol que dans la menace que ces organismes génétiquement modifiés font peser sur le corps humain également. De quel droit devons-nous consommer ce dont on n'a pas envie ? De quel droit ? Non, décidément ce monde ne me convient pas du tout. Et les décideurs encore moins.

Personne ne veut des OGM, sauf les industriels

par Susan George

Vice-présidente d’Attac France, auteur du Rapport Lugano, Fayard, Paris, 2000, de Remettre l’OMC à sa place, Mille et Une Nuits, Paris, 2001 et, avec Martin Wolf, de Pour ou contre la mondialisation libérale, Grasset, Paris, 2002.

L’opposition aux organismes génétiquement modifiés (OGM) repose sur plusieurs constats : le caractère irréversible de la pollution environnementale qu’ils peuvent provoquer ; la volonté d’une poignée de grandes entreprises de contrôler des marchés potentiellement gigantesques ; la tentative de mainmise des intérêts économiques et politiques américains sur l’Europe et sur le reste du monde, avec le soutien actif de la Commission européenne.

La culture commerciale des OGM s’étend rapidement. En 2000, quelque 45 millions d’hectares étaient plantés dans le monde, les Etats-Unis représentant 68 % de ce total, l’Argentine 23 %, le Canada 7 % et la Chine 1 % (1). Le maïs et le soja couvrent plus des quatre cinquièmes de ces surfaces, le colza, le coton et les pommes de terre venant assez loin derrière. Le chiffre d’affaires annuel du marché mondial des semences s’élève à plus de 45 milliards d’euros, mais 80 % des agriculteurs, surtout ceux du Sud, n’ont pas encore renoncé à les conserver d’une année sur l’autre et à les échanger avec des voisins au lieu de les acheter. Les transnationales des semences visent donc une triple expansion : géographique, variétale et commerciale.

Leur domaine d’intervention dépasse les seules semences : elles produisent et commercialisent également herbicides et pesticides, et parfois produits pharmaceutiques. Monsanto, Syngenta, Aventis, DuPont, Dow et quelques autres géantes du secteur sont toutes issues de fusions et d’acquisitions créatrices de synergies internes. Elles s’autodésignent comme entreprises des « sciences de la vie », mais leur objectif est de breveter à la fois les gènes, les semences et toutes les technologies qui leur sont associées afin de s’assurer rien moins que le contrôle effectif de l’agriculture mondiale.

Aux Etats-Unis, avant de mettre une nouvelle variété OGM sur le marché, les firmes doivent obtenir l’aval du département de l’agriculture (USDA). Sur 87 demandes de « nouvelles variétés » qui lui ont été soumises depuis 1992, Monsanto (qui a fusionné avec Upjohn, Calgene, DeKalb et Asgrow) en a déposé 45, soit plus de la moitié. Les deux géantes suivantes, Aventis (qui a absorbé AgrEvo et Plant Genetic Systems) et Syngenta (qui en a fait autant avec Ciba, Novartis, Northrup et Zeneca) ont déposé respectivement 18 % et 9 % des demandes. Si l’on ajoute les deux firmes suivantes (DuPont et Dow), on constate qu’aux Etats-Unis cinq entreprises contrôlent presque les neuf dixièmes des semences OGM, ainsi que les pesticides et herbicides qui leur sont associés, avec Monsanto en leader absolu. Pour cet oligopole, tous les moyens sont bons pour combattre les opposants aux OGM.

« Absolument impossible à contrôler »

Deux chercheurs de l’université de Californie à Berkeley, David Quist et Ignacio Chapela, l’ont appris à leurs dépens après avoir publié, en novembre 2001, un article dans la prestigieuse revue Nature (2). Ils y annonçaient des traces de maïs OGM détectées dans les variétés de maïs mexicains indigènes. C’était déjà très grave, car le Mexique est le berceau mondial du maïs ; pour protéger ce patrimoine génétique irremplaçable, le gouvernement a décrété, en 1998, un moratoire sur la culture du maïs OGM, ce qui n’empêche d’ailleurs pas des firmes biotechnologiques de posséder encore de nombreux champs expérimentaux un peu partout dans le pays. Mais les deux chercheurs affirmaient aussi que l’ADN génétiquement modifié s’est fragmenté et s’est déplacé de manière imprévisible dans le génome du maïs local atteint. Si personne ne pouvait contester la première affirmation - la contamination -, la seconde constituait une véritable bombe mettant en cause la propagande de l’industrie biotechnologique, qui prétend que les gènes ne se déplacent jamais de l’endroit précis où ils ont été introduits dans le génome. La guerre était déclenchée.

En 1997, Monsanto avait failli se retrouver acculée à la faillite à cause de sa campagne agressive en faveur des OGM. Pour ne plus commettre les mêmes erreurs, elle s’était attaché les services d’une entreprise de relations publiques, le Bivings Group, spécialiste de la manipulation sur Internet. Cette officine orchestra en catimini une campagne sur la Toile afin de dénigrer les chercheurs de Berkeley. Elle recruta des scientifiques liés à l’industrie pour contester leurs travaux et alla jusqu’à utiliser des individus fictifs pour envenimer le débat (3). Cette campagne virulente porta ses fruits et aboutit à la décision sans précédent de Nature de désavouer la publication de l’article incriminé. A ce jour, la revue n’a pas publié les résultats des travaux de chercheurs mexicains qui ont corroboré à plusieurs reprises ceux de leurs collègues de Berkeley.

Contrairement aux Académies des sciences et de médecine françaises (4), la British Medical Association et la Royal Society britannique, comme beaucoup d’autres chercheurs indépendants, se sont penchées sur les dangers de la culture des OGM en plein champ (5). Il est désormais établi que les échanges de pollen entre OGM et plantes cultivées ou sauvages sont courants. Selon la culture et son type de pollinisation, cette pollution s’étend bien au-delà des limites officielles fixées pour « protéger » les champs voisins ; elle contamine d’autres espèces, et pas seulement celles qui en sont génétiquement les plus proches.

Si les essais d’OGM en plein champ se généralisent, nous savons que la contamination rendra très vite impossible la culture biologique. C’est se fermer une voie vitale et économiquement prometteuse pour l’avenir ; c’est aussi refuser à l’agriculteur la liberté de choix. On sait également que les OGM, conçus pour résister aux herbicides et aux pesticides, provoquent l’évolution de super-mauvaises herbes et de super-prédateurs. Ils peuvent envahir le patrimoine génétique dont l’agriculture dépend et en réduire la variété. Bref, la culture d’OGM, si elle ne se fait pas en milieu confiné, constitue une grave et irréversible irresponsabilité écologique.

Ainsi au Canada, où la production commerciale du colza OGM a débuté il y a six ans à peine, le Centre de recherche du ministère de l’agriculture, à Saskatoon, peut affirmer que « le pollen et les semences se sont tellement éparpillés qu’il est désormais difficile de cultiver des variétés traditionnelles ou organiques de colza sans qu’elles soient contaminées ». On en est arrivé à une situation où, pour tenter d’enrayer les critiques, Monsanto a dû proposer aux agriculteurs canadiens d’envoyer des équipes pour arracher manuellement le colza OGM qui envahit des champs où il n’a jamais été semé. Sélectionné pour résister aux herbicides, il est devenu « absolument impossible à contrôler », d’après un scientifique de l’université du Manitoba (6). Bref, les entreprises des « sciences de la vie » procèdent comme si Darwin n’avait jamais existé ; comme si la résistance des organismes vivants aux pesticides et aux herbicides n’augmentait pas de génération en génération ; comme si l’on n’avait pas connu l’expérience désastreuse du DDT. C’est un nucléaire biologique qui produira fatalement ses Tchernobyl.

La mise en culture d’OGM serait-elle alors justifiée par des gains économiques, ne serait-ce qu’à court terme ? Même pas. Malgré des subventions atteignant plusieurs milliards de dollars, les agriculteurs américains qui se sont lancés dans cette aventure ont non seulement perdu beaucoup d’argent, mais ont dû faire face à des infestations végétales ultrarésistantes (7). Les seuls et uniques bénéficiaires des cultures OGM sont les grandes firmes de la biotechnologie et leurs soutiens politiques aux Etats-Unis et en Europe.

Les affamés ont-ils le droit de faire la fine bouche ? Certains médias se sont scandalisés de l’attitude de la Zambie, qui a refusé du maïs contenant des OGM fourni par le programme d’aide alimentaire américain. Ces médias ont toutefois omis d’expliquer que les paysans zambiens auraient immanquablement gardé une partie de cette aide - fournie en graines - pour leurs semailles (si le maïs avait été moulu, ou pouvait l’être par le gouvernement, le problème ne se serait pas posé). Les Zambiens voulaient tout simplement éviter une pollution irréversible de leurs cultures afin de continuer à pouvoir exporter vers l’Union européenne. L’aide alimentaire américaine est rarement fournie sans arrière-pensées commerciales.

Même si un petit pays africain n’est pas à négliger, l’Europe demeure le marché privilégié pour les produits OGM, notamment pour le maïs et le soja. En 1999, l’Union européenne a mis en place un moratoire contre les importations d’OGM (8) et, depuis, les Etats-Unis menacent de la traduire devant l’Organe de règlement des différends (ORD) de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ce qui constituerait aussi un avertissement pour les pays qui, comme le Brésil et le Mexique, ont adopté une démarche similaire. Mis en sourdine pour ne pas donner d’armes aux partis Verts lors des élections françaises et allemandes de 2002, le débat est désormais monté jusqu’au Bureau ovale de la Maison Blanche (9).

L’agriculture biologique paiera

Après avoir dénoncé comme « immorales  », en janvier dernier, les mesures européennes et annoncé son intention de saisir l’ORD, M. Robert Zoellick, représentant du président des Etats-Unis pour le commerce international, avait dû faire machine arrière, le département d’Etat et l’entourage de M. Bush ne voulant pas ouvrir un front supplémentaire avec les Européens en pleine crise diplomatique au sujet de l’Irak.

Ces tergiversations avaient été fort mal reçues au Congrès où le président de la commission des finances du Sénat, élu de l’Etat agricole de l’Iowa, M. Charles Grassley, invoquant les 300 millions de dollars de ventes perdues en Europe, déclarait, début mars, que « le statu quo dans ce domaine est totalement inacceptable » et que « le gouvernement doit faire quelque chose et le faire vite » (10).

Les désaccords au sein de l’exécutif américain portent uniquement sur la méthode et nullement sur l’objectif : ni moratoire ni règles sur la traçabilité et l’étiquetage. Si la voie de la diplomatie reste encore ouverte, c’est aussi parce que Washington décèle des signes encourageants au sein de la Commission européenne. On sait M. Pascal Lamy, commissaire chargé du commerce, farouche partisan, et de longue date, de la levée du moratoire. Il estime que, du point de vue européen, il peut être remplacé par des règles sur la traçabilité et l’étiquetage, susceptibles, selon lui, d’être acceptées par l’OMC.

Une fois ces règles en place, la Commission pourrait attaquer devant la Cour de justice de Luxembourg les Etats membres qui refuseraient alors de lever le moratoire. C’est en particulier ce que laisse entendre le commissaire à l’agriculture, M. Franz Fischler, en s’adressant à ses partenaires américains : « Je peux réellement vous assurer que nous, à la Commission, ferons tout pour démontrer que nous parlons sérieusement quand nous disons que nous sommes en faveur des biotechnologies (11).  »

M. Fischler est effectivement capable de « tout » faire pour les OGM. A preuve, les effarantes réflexions sur la « coexistence » entre cultures génétiquement modifiées et agriculture conventionnelle et biologique qu’il a présentées le 6 mars à ses collègues de la Commission et qui doivent servir de base à une table ronde, prévue le 24 avril, avec toutes les parties intéressées. Au mépris de toutes les données connues formulées par des sources indépendantes des industriels, notamment celles rappelées plus haut, le commissaire considère que cette « coexistence » n’est pas un problème environnemental, mais soulève seulement des questions juridiques et économiques. En substance, il pense que c’est aux agriculteurs non OGM de prendre à leur charge les mesures de protection contre les risques de contamination des cultures OGM : ce ne serait donc pas au pollueur de payer, mais au pollué... Et, invoquant le principe de subsidiarité, M. Fischler écarte la possibilité de toute législation communautaire contraignante. On reste confondu devant une telle obstination dans la défense des transnationales américaines de la part de la Commission dite « européenne ». Et l’on se prend à penser que la lutte contre ce complexe politico-génético-industriel devient véritablement une oeuvre de salubrité publique.

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(1) Deborah B. Whitman, « Genetically Modified Foods : Harmful or Helpful ? » Cambridge Science Abstracts, avril 2000.

(2) David Quist et Ignacio Chapela, « Transgenic DNA introgressed into traditional maize landraces in Oaxaca, Mexico », Nature, Londres, vol. 4141, Londres, 29 novembre 2001.

(3) Lire l’enquête de George Monbiot, « The Fake Persuaders », The Guardian, Londres, 29 mai 2002.

(4) Lire Bernard Cassen, « OGM, des académiciens juges et parties », Le Monde diplomatique, février 2003.

(5) The Royal Society, Genetically Modified Plants for Food Use, Londres, septembre 1998 ; The British Medical Association, Board of Science, The Impact of Genetic Modification on Agriculture, Food and Health : an Interim Statement, Londres, 1999 ; BMA, The Health Impact of GM Crop Trials, Londres, novembre 2002.

(6) Canadian Broadcasting Company, CBC News, « Genetically modified canola becoming a weed », 22 juin 2002.

(7) C’est ce qui ressort d’un rapport de la Soil Association du 16 septembre 2002, cité dans le document collectif OGM : Opinion Grossièrement Manipulée, Inf’OGM, Fondation Charles-Léopold-Meyer pour le progrès de l’homme, Paris, octobre 2002.

(8) Dix-neuf autorisations d’importation d’OGM avaient été accordées avant cette date.

(9) Pour un récit détaillé des premières étapes de cette campagne, lire « Vers une offensive américaine sur les OGM », Le Monde diplomatique, mai 2002.

(10) Financial Times, Londres, 6 mars 2003.

(11) « U.S. postpones biotech case against EU, enlists allies in WTO », Inside U.S. Trade, Arlington, 7 février 2003.




Sources : MONDE DIPLOMATIQUE

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans OGM

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