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CLONAGE

Mardi 21 mars 2 21 /03 /Mars 18:44

Plaidoyer pour une interdiction

 Le dessous du clone

Par Jacques Testart


Biologiste de la procréation, directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Auteur (avec Christian Godin) de Au bazar du vivant, Seuil, coll. « Point- Virgule », Paris, 2001.

 

Que ce soit à propos des organismes génétiquement modifiés (OGM) ou du clonage thérapeutique, les scientifiques demeurent divisés sur les conséquences de leurs recherches. C’est aux gouvernements, aux élus et à l’ensemble de la société de décider du bien-fondé de ces technologies nouvelles. La plupart des pays semblent ainsi prêts à interdire toute forme de clonage humain. En revanche, pour sa contestation active des OGM, le dirigeant de la Confédération paysanne, M. José Bové, a été condamné à la prison.

Dans la revue Nature du 27 février 1997, qui annonçait la naissance de Dolly, la première brebis clonée, l’éditeur indiquait avoir reçu un courriel lui demandant de renoncer à cette publication avec cet argument : « Quand le procédé sera de plus en plus utilisé, son usage abusif par des groupes illégaux ou étrangers sera inévitable. » L’éditeur concédait que « le clonage humain pourra être réalisé d’ici un à dix ans », mais il ajoutait : « Alors que le monde scientifique regorge d’exercices de prévision technologique, c’est une honte pour un président des Etats-Unis et d’autres politiciens de ne s’inquiéter que maintenant de ce que nous publions aujourd’hui. » Cette réflexion mérite d’être lue à la lumière d’un commentaire plus ancien.

Trois ans avant la naissance de Dolly, quelques-uns des meilleurs spécialistes de la procréation artificielle s’interrogeaient sur les perspectives du clonage humain (1). Ils assuraient que le clonage d’un adulte est impossible et qualifiaient cette perspective de « fantaisie biologique » (biological fantasy). Leur conclusion était donc que « la science-fiction ne peut pas être le sujet de débats éthiques sérieux, lesquels doivent respecter les lois du plausible »... Ainsi les praticiens de la biomédecine revendiquaient de décider le moment où un « débat éthique sérieux » devient possible. Ce qui ne les empêche pas de scruter l’impossible, par curiosité, en invitant dans leurs colloques les chercheurs qui viennent juste de franchir, chez l’animal, une étape significative.

Au tout début de la fécondation in vitro (FIV), lors du congrès international de Vienne (1986), Steen Willadsen, spécialiste du clonage par division de l’embryon de mouton, fut ainsi convié à faire le point sur cette technique. A l’occasion de congrès ultérieurs, les praticiens de la FIV ont pu aussi s’informer sur l’état de l’art de la parthénogenèse (développement à partir du seul ovule), de la transgenèse (modification du génome de tout l’organisme) et, bien sûr, du clonage d’un animal adulte. Il arrive aussi que les vétérinaires viennent s’enquérir auprès de la médecine de nouveautés susceptibles d’applications chez l’animal, car il n’existe aucune barrière biologique qui empêcherait d’appliquer à l’être humain ce qui fut réussi chez l’animal, et réciproquement. C’est pourquoi la frontière éthique ne devrait pas se satisfaire d’invocations à la responsabilité médicale quand ce qu’on craint de voir appliquer à l’homme existe déjà pour l’animal.

Refaisons l’histoire : si, dès la naissance de Dolly, la perspective du clonage humain avait été officiellement approuvée, les laboratoires de recherche auraient d’abord cultivé leur savoir-faire sur des modèles animaux, afin d’intervenir chez l’être humain avec le meilleur bagage technologique. Or, en dépit de l’indignation générale contre le clonage d’un être humain, c’est exactement ce qui s’est passé : on a cloné des chèvres et des moutons, des vaches et des souris, des cochons et des chats, et les membres de la secte Raël (qui prétendent avoir permis la naissance de plusieurs bébés clonés) eux-mêmes se sont offert de telles expériences préalables.

Qu’en conclure ? Qu’il n’y a pas pire hypocrisie que de feindre une frontière entre le savoir expérimental acquis chez l’animal et le savoir « clinique » utilisable chez l’être humain. Pour préserver l’humanité des techniques qu’on inflige aux animaux, il est donc indispensable de se doter de moyens réels d’interdiction, et de ne pas se contenter de discours. Tant que de telles mesures ne reçoivent pas un aval international, accompagné de pénalités, la poursuite des travaux chez l’animal dément toute volonté de régulation éthique.

Plutôt que la science officielle, ce sont des illuminés ou des provocateurs qui ont osé les premiers le passage de l’animal à l’être humain. On pourrait y voir le relatif succès d’une éthique largement partagée. Peut-être est-ce plutôt que les enjeux fantasmatiques étaient bien supérieurs aux enjeux scientifiques ou industriels, et qu’un certain savoir-faire était déjà disponible à partir de l’expérimentation animale, d’une part, des acquis de la fécondation humaine, d’autre part. Il est trop facile de se rassurer en niant ces « succès » proclamés ou en attribuant une telle dérive aux seuls représentants de la marginalité scientifique (2).

On peut raisonnablement penser que les raéliens, tout comme le gynécologue italien Severino Antinori, se sont « offert » des biologistes discrets, et que leurs déclarations ne sont pas que propagande (3). Mais leur audace a agi comme un catalyseur en libérant des projets refoulés : on entend exprimer qu’il pourrait y avoir de bonnes raisons de pratiquer le clonage reproductif, à condition d’en interdire la gestion à des fanatiques pour la confier à la sagesse médicale, discours qui atteint même le Comité international d’éthique de l’Unesco (4).

Pour certains médecins ou chercheurs, l’affichage bruyant de leur opposition au clonage « reproductif » n’est que la caution pour obtenir l’accès au clonage « thérapeutique ». Cette fois, il s’agirait de médecine, c’est-à-dire d’une chose sérieuse et utile : son but est de produire, en vue de greffe, des cellules souches parfaitement compatibles avec un receveur, qui est aussi le donneur du noyau introduit dans l’ovule. Pourtant, le clonage thérapeutique heurte l’éthique de plusieurs façons. De plus, sa faisabilité n’a pas encore été démontrée chez l’animal. il s’agit simultanément de créer un être humain (5) par clonage plutôt que par fécondation, de sacrifier l’embryon à des fins médicales, et de créer cet embryon avec le but de le sacrifier.

Du thérapeutique au reproductif

Par ailleurs, le clonage thérapeutique ouvre deux autres portes. D’abord, celle du clonage reproductif puisqu’il suffirait de placer dans un utérus l’embryon ainsi cloné pour espérer en faire naître un enfant. Après le glissement de l’animal à l’être humain, il faut alors prévoir un glissement du « thérapeutique » au « reproductif ». Dès 1999, Jean-Paul Renard, spécialiste du clonage des bovins, prévoyait : « On peut déjà douter que le clonage reproductif continuera à être interdit si le clonage thérapeutique peut être banalisé (6). » Un récent éditorial du journal Le Monde prédit que la recherche sur les embryons humains est « l’étape qui précédera celle d’une législation sur la pratique du clonage thérapeutique (7)  ». Loin de s’en émouvoir, le texte souhaite que cette légalisation soit « strictement encadrée afin de ne pas ouvrir la porte au clonage reproductif »... Comment ne pas s’inquiéter de ces glissements progressifs de l’éthique ?

L’autre porte ouverte par le clonage thérapeutique est celle d’un essor délibérément eugénique du diagnostic génétique préimplantatoire (DPI) pour éliminer dans l’éprouvette les embryons au génome indésirable. Le clonage est grand consommateur d’ovules, ses promoteurs devront d’abord disposer de procédés éthiques (ni rapt lors de la fivète, ni achat à des femmes nécessiteuses) pour accéder à ces indispensables mais très rares cellules féminines. D’où une impulsion décisive aux recherches en cours chez l’être humain et l’animal afin de transformer les cellules précurseurs (les ovocytes de l’ovaire) en ovules compétents pour la fécondation ou le clonage. En disposant d’ovules par dizaines, on pourrait, à l’issue de la FIV, sélectionner le « meilleur génome » parmi de très nombreux embryons d’un même couple, et ainsi augmenter notablement l’exigence eugénique.

Personne ne croit réellement que le clonage permettrait de créer un ou plusieurs individus absolument identiques à un autre préexistant, et ce n’est pas la génétique qui a inventé le fantasme du double, Narcisse pourrait en témoigner. Mais les généticiens exhibent un support matériel pour ce fantasme, la molécule d’ADN, et beaucoup laissent croire que cette molécule inerte recèlerait à la fois le mystère de la vie et celui de l’individualité. Combien de fois avons-nous entendu louer la molécule impériale, « programme » pour une existence dont nous ne serions que les exécutants, « grand livre de la vie », « partition » à jouer note par note, comme les feuillets perforés d’un orgue mécanique. Malgré leurs dénégations épisodiques contre cette imagerie simpliste, les biologistes moléculaires ajoutent, jour après jour, de nouvelles chaînes à nos illusions d’être libres en prétendant déceler et bientôt maîtriser les clés chimiques de chaque personne, de chaque pathologie, ou seulement des risques de pathologie, jusqu’aux comportements. La « mystique de l’ADN (8) » lui confère un statut culturel comparable à celui de l’âme dans l’imagerie religieuse, avec des conséquences pour le vécu quotidien, les pratiques médicales ou agricoles, l’école ou la justice.

Pourtant, l’empreinte génétique, que la justice considère comme « la reine des preuves », ne permettrait pas de confondre un coupable parmi une série de clones (ou une paire de vrais jumeaux) puisque leurs génomes seraient identiques. En revanche, les empreintes digitales feraient la différence car elles portent les marques de la vie, dès la naissance. L’identité n’est pas dans l’ADN mais dans l’aléatoire dont se construit chaque être vivant. Si l’image des gènes ou de l’ADN est devenue un « produit social », selon deux sociologues américaines (9), c’est parce que les citoyens subissent une mythologie où la science côtoie le scientisme et le réductionnisme, mais aussi la complaisance et le business.

L’opposition au clonage s’exprime à partir de deux logiques différentes. Celle, par exemple, du Congrès américain ou de l’Académie de médecine française craint surtout les malformations ou pathologies qui risquent d’affecter l’enfant cloné. Cette objection pourrait bien tomber avec le temps et les progrès techniques, révélant alors une véritable béance éthique. L’autre opposition s’indigne de l’absence d’autonomie du clone, comme s’il devait répondre automatiquement à ce qu’on attend de lui. La première logique se limite à l’exigence de sécurité médicale et la seconde reflète l’aliénation à la toute-puissance des gènes. S’il faut condamner formellement le clonage d’un être humain, ce n’est pas parce que la copie serait semblable au modèle, c’est parce que la copie n’a été créée que pour être telle (10). C’est cette volonté d’instrumentaliser un être humain qui est criminelle, même si le malheureux clone se rebiffe et fait échouer le projet.

On peut risquer une analogie entre le clonage et le diagnostic préimplantatoire : ils visent à favoriser dans l’oeuf une certaine identité de l’enfant, par conformité avec une personne existante ou avec une norme médicale ou sociale. Ces deux démarches s’inscrivent dans la mystique génétique, même si le DPI prétend se référer à une norme objective (par exemple la « carte du génome ») et le clonage à une norme subjective (par exemple l’idéal privé). Le DPI refuse le risque de la procréation aléatoire et le clonage refuse le risque de l’altérité. A moyen terme, les demandes adressées au DPI par les géniteurs devraient se révéler univoques, toutes ciblées vers l’utopie du « handicap zéro », matérialisant ainsi des critères universels pour tous les corps, comme pour une fabrique de clones biomédicaux.

Réification de l’être humain

Les finalités du DPI et du clonage sont soeurs en eugénisme même si l’une se prétend charitable alors que l’autre se montrerait égocentrique ou clanique. Ces techniques symbolisent la hantise des identités suspectes ou aléatoires, elles sont les outils pour la répression de constructions biologiques singulières. Bouclons : là où le libéralisme sélectionne déjà, comme dans les élevages, la performance ou la compétition entre humains, quel avenir plus sûr pour un génome, reconnu « exceptionnel » grâce au DPI, que sa reproduction à l’identique par le clonage (11) ?

Sans doute y aura-t-il des humains clonés, surtout si on parvient à échapper aux pathologies graves observées chez les animaux. Mais le clonage ne peut pas devenir un mode d’engendrement généralisé. L’accumulation progressive de fragilités acquises observée après les bouturages répétés des végétaux est retrouvée chez des souris qui deviennent malades et stériles à l’issue d’un clonage répété pendant sept générations. De plus, ce procédé, éminemment élitiste et privé de perspective rationnelle (qui « mérite » d’être cloné ?), convient mal à l’économie du marché mondialisé. En revanche, la réification de l’être humain, à l’occasion, entre autres, du clonage thérapeutique, ouvre un marché pour des cellules souches et même des embryons, caractérisés, brevetés et congelés, susceptibles de réparer ou de prévenir les écarts à la normalité.

Un clone peut en cacher un autre, et la « recherche sur l’embryon humain » (euphémisme pour qualifier des essais technologiques) pourrait s’avérer autrement redoutable que la naissance de quelques malheureux enfants clonés. Aussi, plutôt qu’épiloguer sur l’usage qu’un « fou » ou un « Etat totalitaire » pourrait faire du bouturage humain, mieux vaut s’armer juridiquement, et au niveau international, pour refuser certaines justifications humanitaires ou thérapeutiques de la biomédecine.

Lire aussi :
- 
Personne ne veut des OGM, sauf les industriels

(1) Howard W. Jones, Robert G. Edwards, George E. Seidel : « On attempts at cloning in the human », Fertility and Sterility, Los Angeles - New York, vol. 61, 423-426, mars 1994.

(2) Les illuminés n’ont pas le monopole des succès controuvés. Il faut se souvenir de ces scientifiques officiels qui nous annoncèrent les fausses nouvelles de la fécondation in vitro animale (Pincus, 1935) ou humaine (Menkin et Rock, 1946), ou encore de la parthénogenèse (Hope et Illmensee, 1982).

(3) « Loft story du clone », L’Humanité, Paris, 28 janvier 2003.

(4) Michel Revel, « Pour un clonage reproductif humain maîtrisé », Le Monde, 4 janvier 2003.

(5) Contrairement à « personne humaine », l’appellation « être humain » est une définition objective selon l’espèce. De même, on peut dire « être porcin » ou « être murin » pour qualifier les embryons de porc ou de souris parce qu’ils ne peuvent devenir que des porcs ou des souris.

(6) Jean-Paul Renard et coll. « Clonage : le présent et les perspectives », Contraception Fertilité Sexualité, Paris, vol. 27, no 6, 405-411, juin 1999.

(7) 29 janvier 2003.

(8) Dorothy Nelkin, Susan Lindee, La mystique de l’ADN, Belin, Paris, 1998.

(9) Dorothy Nelkin, Susan Lindee, op. cit.

(10) Ce que j’ai voulu montrer dans un roman : Eve ou la répétition, Odile Jacob, 1998.

(11) Des hommes probables : de la procréation aléatoire à la reproduction normative, Le Seuil, 1999.

Sources : LE MONDE DIPLOMATIQUE

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana EVANGELIZT - Publié dans : CLONAGE
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