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PLANETE EN DANGER

Jeudi 24 août 4 24 /08 /Août 07:57

Le Rainbow Warrior interdit de mouillage


Marseille. Rainbow Warrior, le navire de Greenpeace, a été déclaré interdit de mouillage dans la rade de Marseille, sous la pression des thoniers qui bloquent totalement l'accès du port de commerce.

Une dizaine de navires thoniers bloquent depuis mercredi 23 août 16h30 les différentes entrées du Port autonome de Marseille, le Vieux-Port et les bassins de Fos-sur-Mer et paralysent le trafic, protestant contre la présence du "Rainbow Warrior II" dans la rade, apprend-on de sources concordantes.
"Nous fermerons le port jusqu'à ce que le "Rainbow Warrior II" soit parti. Le préfet n'y parvient pas depuis ce matin, nous en avons assez d'attendre, c'est un manque de respect pour la pêche", a expliqué Mourad Kahoul, président du syndicat des thoniers méditerranéens.
"Cette histoire devient rocambolesque et aberrante. C'est aux autorités locales, qui ont pris le parti des pêcheurs, de régler maintenant le blocage des Ports de Marseille", a estimé Yannick Jadot, responsable des opérations de Greenpeace.
La préfecture maritime de Toulon avait indiqué plus tôt dans la journée que le navire de l'association, le Rainbow Warrior II, n'était "pas autorisé à mouiller en rade de Marseille à compter de ce jour 15h00". "Un risque avéré de trouble à l'ordre public" a été invoqué.
"Si Greenpeace ne respecte pas cette décision, (l'organisation) sera en infraction", selon la même source. Cette décision a été transmise avant 14h30 par fax au Rainbow Warrior.

Ultimatum des pêcheurs

De leur côté, les pêcheurs thoniers avaient annoncé que si le "Rainbow Warrior II" ne quittait pas son mouillage dans la rade de Marseille mercredi à 15h, ils sectionneraient la chaîne de l'ancre et remorqueraient le navire au large, selon un porte-parole de Greenpeace.
Le président du Syndicat des thoniers de Méditerranée, Mourad Kahoul, a confirmé l'ultimatum, mais refusé de préciser quelles seront les actions menées si le "Rainbow Warrior II" refuse d'obtempérer.
Peu avant 14h, le bateau de l'association avait changé de mouillage à cause d'un problème de courant, ce qui a entraîné une réaction immédiate de la dizaine de navires thoniers qui cernent le "Rainbow Warrior II" depuis le matin et qui se sont rapprochés du trois-mâts de Greenpeace.

La police sur place

Le navire écologiste avait jeté l'ancre au large du port de Marseille, mercredi 23 août, où le bateau de Greenpeace a été immédiatement cerné par des pêcheurs en colère.
Vingt-cinq thoniers, qui s'étaient positionnés à proximité immédiate de la passe d'accès du port, se sont portés à sa rencontre et l'ont bloqué dans la rade marseillaise, à deux kilomètres du port.
Un zodiac de la police était également sur zone.
"Les navires sont tout autour du Rainbow Warrior. Leur objectif est clairement de nous faire partir", a dit Yannick Jadot, responsable des campagnes de Greenpeace France.
Selon lui, une autorisation de mouillage pour effectuer une escale technique avait été accordée mercredi matin par la direction des affaires portuaires de la communauté urbaine Marseille-Provence métropole, qui assure la gestion des ports.

Campagne d'information

Greenpeace mène une campagne d'information sur les dangers en Méditerranée, notamment sur la pêche jugée excessive du thon rouge qui menacerait de provoquer un "effondrement des stocks".
Les militants avaient programmé deux jours de débats avec le public marseillais avant de se rendre à Carthagène, en Espagne.
Le 27 juillet, le navire de Greenpeace avait reçu une autorisation d'accoster dans le Vieux-Port de Marseille. Mais la communauté urbaine Provence-Marseille métropole la lui a "verbalement" retirée vendredi pour des "raisons de sécurité".
Le trois-mâts a également été interdit d'accès au port de commerce de la ville. (Reuters)

Sources : Nouvel Observateur

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana EVANGELIZT - Publié dans : PLANETE EN DANGER
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Vendredi 10 février 5 10 /02 /Fév 22:31

Le climat, otage des lobbies industriels

 

Par Agnès Sinaï


Coauteure de Sauver la Terre, Fayard, Paris, 2003, d’une série documentaire, Terriens amers, paradis perdus, diffusée sur Arte en 2006, ainsi que d’un documentaire, Planète en otage, disponible auprès des Films du Village.

VENISE noyée sous les eaux, le Bangladesh immergé et les Maldives rayées de la carte dans moins d’une centaine d’années ? Ce scénario catastrophe n’est pas le fait de sinistres prédictions millénaristes, mais un ensemble d’hypothèses scientifiques sur l’évolution du climat. L’échec retentissant de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, tenue à La Haye en novembre 2000, laisse se poursuivre le réchauffement de l’atmosphère. Et ce jusqu’à la prochaine tentative d’accord, au cours d’une version bis de la Conférence prévue à Bonn au printemps 2001.

Comme beaucoup le craignaient, la Conférence de La Haye sur les changements climatiques s’est soldée, en novembre 2000, par un échec. Les raisons de ce fiasco tiennent à l’intransigeance des Etats-Unis et de leurs alliés (Japon, Canada, Australie) - le bien nommé groupe dit du Parapluie (Umbrella) - qui ne reconnaissent, dans le protocole signé à Kyoto en 1997 lors de la précédente conférence (1), que les mécanismes de flexibilité. Une interprétation des plus libérales à laquelle, malgré les pressions de Londres, les négociateurs européens - alors menés, sous présidence française de l’Union, par la ministre de l’environnement, Mme Dominique Voynet - ont refusé de souscrire, tant, grâce à une série d’échappatoires, elle aurait vidé ce texte de toute portée.

Parmi ces échappatoires : le recours illimité aux droits d’émission (les fameux « droits à polluer ») en lieu et place de la réduction effective des émissions de gaz à effet de serre (2) (GES) par des politiques nationales ; et une large inclusion des forêts dans la comptabilisation des efforts de chaque pays, qui se solderait, au bout du compte, par une augmentation de 12,5 % des émissions de GES dans le Nord (3). Sans compter les cahiers des charges trop imprécis des transferts de « mécanismes de développement propre » en direction des pays du Sud, qui pourraient inclure les centrales nucléaires. Avec le risque de donner aux multinationales pétrolières et autres gros producteurs d’énergie la possibilité de se parer d’habits écologiques afin de bénéficier de soutiens financiers publics à des investissements peu respectueux des exigences environnementales.

Ces lobbies sont désormais omniprésents dans les coulisses des rencontres internationales telle celle de La Haye. Les plus nombreux sont les groupes nord-américains, rassemblés en front commun sous la bannière de la Chambre de commerce internationale (CCI). Leur stratégie a évolué : après avoir systématiquement pourfendu les négociations sur le changement climatique, les entreprises transnationales se réclament désormais d’une approche plus « constructive ». En revanche, elles s’attachent à obtenir un usage illimité des mécanismes de flexibilité inscrits dans le protocole de Kyoto. Cette rhétorique de la flexibilité et celle des échappatoires défendue par le groupe de l’Umbrella résultent incontestablement de leur emprise sur les négociateurs nord-américains.

A commencer par le commerce des permis d’émission. Alors que, aux termes du protocole, ce mécanisme doit seulement entrer en vigueur en 2008, le courtage de ces permis est un secteur spéculatif déjà florissant : le montant global de ces juteux marchés à terme s’élevait déjà à 50 milliards de dollars en 1999 (4), et il pourrait atteindre des proportions astronomiques - se chiffrant en milliers de milliards de dollars - d’ici à quelques décennies. D’où l’anticipation des marchés, qui spéculent avant même la mise en oeuvre du protocole de Kyoto. La Banque mondiale a mis sur pied un prototype de fonds pour le carbone, visant à alimenter des projets d’implantations industrielles dans les pays du Sud. Shell et Mitsubishi, ainsi que le gouvernement des Pays-Bas en sont parmi les premiers investisseurs. En échange, ce fonds propose aux investisseurs - gouvernements et entreprises - des crédits d’émission à faible taux. Une manière de financer une partie des mécanismes de « développement propre » par une spéculation sur le gaz carbonique.

Dans le même esprit, la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced) a été partie prenante de la création de l’Association internationale du marché des émissions (International Emissions Trading Association), qui rassemble des protagonistes tels que la Bourse d’Australie, l’International Petroleum Exchange, Shell, British Petroleum, Amoco, Statoil et Tokyo Electric Power. Le propos de ce partenariat, dont on notera qu’il est essentiellement composé par des entreprises des pays du groupe de l’Umbrella, est de mettre en place un marché global d’émissions, quel que soit l’avenir du protocole de Kyoto, et, le cas échéant, en dehors de celui-ci. D’autres groupes, tels la Société générale de surveillance, Trexler et associés, Winrock International, Evolution Markets LLS, sont également entrés dans la danse. M. Richard Sandor, de la Compagnie des produits financiers environnementaux (Environmental Financial Products Company), expose ainsi leur projet : « Notre objectif est de faire converger marchés des capitaux et marchés environnementaux (5). » Aux marchés d’émissions se grefferont ceux des produits dérivés, et les fonds spéculatifs à hauts risques (hedge funds) rejoindront cette nouvelle économie de casino.

Autre antienne des négociateurs du groupe de l’Umbrella : l’inclusion large des puits de carbone, des plantations de forêts et des territoires agricoles (dits, dans le jargon, LULUCF pour Land Use, Land Use Change and Forestry Activities) dans les mécanismes de « développement propre ». L’American Farm Bureau Federation (AFBF) est l’un des lobbies agricoles les plus puissants des Etats-Unis, et ses revendications politiques dépassent le cadre de l’agriculture. La plupart de ses membres, en effet, ne sont pas des agriculteurs, mais des spéculateurs qui contribuent au portefeuille d’investissements du Farm Bureau, chiffré à 4 milliards de dollars, et où se retrouvent des firmes telles que Philip Morris, Sweyerhauser, Union Carbide et Ford Motor.

Outre qu’ils contestent que les activités humaines contribuent au réchauffement de la planète, leur préoccupation est centrée sur « les impacts que les accords internationaux sur le changement climatique pourraient avoir sur la compétitivité de l’agriculture américaine (...). Il est important que les négociations en cours garantissent une flexibilité maximale, de manière à ce que les Etats-Unis puissent pleinement et immédiatement prendre en compte le carbone séquestré par les activités agri coles (6)  ».

L’AFBF a lancé le groupement des Farmers Against the Climate Treaty (FACT) qui, comme l’indique on ne peut plus clairement son appellation, s’oppose à toute négociation sur le climat. Le motif ? Une application du protocole de Kyoto entraînerait une chute vertigineuse des profits du secteur, « compte tenu de ses besoins intensifs en carburant et en énergie », selon le sénateur républicain Chuck Hagel, en qui le FACT a trouvé un actif relais - parmi d’autres (7) - au Congrès américain.

Tout aussi explicite est le message, à usage interne cette fois, adressé dans un courrier daté du 11 septembre 2000 par le vice-président aux affaires environ nementales de la firme papetière Smurfit-Stone, M. Allen M. Koleff, à M. W. Henson Moore, président de l’American Forest and Paper Association (AF & PA).

Virage à 180 degrés

DANS cette missive, M. Koleff tient à féliciter M. Henson Moore du « virage à 180 degrés du département d’Etat » en matière d’inclusion des puits de carbone dans la négociation sur le changement climatique : « Je ne doute pas que cette "épiphanie" de la part de l’Etat résulte des efforts sans relâche du groupe de travail sur le changement climatique de l’AF & PA  (8). » Et ce à grand renfort de think tanks parfois difficiles à identifier, comme le Science and Environmental Policy Project qui, sur son site Internet, se définit comme une organisation à but non lucratif. On y retrouve M. Fred Singer, l’un des principaux chantres du révisionnisme climatique, qui dispense ses messages de contestation du réchauffement planétaire dans les colonnes du Washington Times, quotidien qui se trouve être la propriété de la secte du révérend Sun Myung Moon.

La firme Monsanto peut également se réjouir des profits que lui permettrait une large inclusion des territoires agricoles dans les mécanismes contestables d’absorption du gaz carbonique inscrits dans le LULUCF. Ce serait pour elle l’occasion de faire valoir son herbicide Roundup comme « ami du climat » (climate friendly), ainsi que ses semences transgéniques Roundup Ready, sans compter les bénéfices à venir de plantations d’organismes génétiquement modifiés (OGM) à haute absorption de gaz carbonique. Monsanto s’était déjà montrée très active en marge des précédentes conférences sur le changement climatique, allant jusqu’à se faire représenter auprès du GIEC, groupe d’experts agréé par les Nations unies, et auteur, en mai 1999, d’un rapport spécial sur le LULUCF.

Les lobbies européens ne sont pas en reste : l’Union des confédérations de l’industrie et des employeurs d’Europe (Unice) et la Table ronde européenne des industriels (ERT) (9), qui rassemble les PDG de quarante-cinq des plus grosses firmes européennes, comptent sur un engagement « volontaire » dans la lutte contre l’effet de serre. Produire davantage sans consommer plus d’énergie, hors de tout cadre contraignant et hors de tout contrôle, tout en bénéficiant de la manne des marchés des permis d’émissions et du soutien du Fonds mondial pour l’environnement pour l’implantation de projets industriels « propres » dans les pays du Sud : autant d’interprétations peu convaincantes du développement durable assénées par ces groupes industriels.

(1) Lire Monique Chemillier-Gendreau, « Marchandisation de la survie planétaire », Le Monde diplomatique, janvier 1998.

(2) Dioxyde de carbone ou gaz carbonique (rejets industriels, explosion des transports automobiles et aériens), chlorofluorocarbones (utilisés dans la fabrication de liquides réfrigérants, gaz propulseurs ou agents de fabrication de mousses et de solvants), méthane (d’origine agricole, en relation avec la poussée démographique), oxyde nitreux (combustion de végétaux, utilisation d’engrais azotés).

(3) West Coast Environmental Law Research Foundation, « Sinking the Climate : will Canada’s approach to carbon sequestration sink the Kyoto Protocol ? », Vancouver, septembre 2000, consultable sur : http://www.wcel.org/

(4) The Wall Street Journal Europe, 17 octobre 2000.

(5) Financial Times, Londres, 4 novembre 1999.

(6) Courrier adressé le 13 novembre 2000 - premier jour de la négociation à La Haye - à M. Dan Glickman, secrétaire américain à l’agriculture, et cosigné par : American Farm Bureau Federation, American Soybean Association, National Cattlemen’s Beef Association, National Corn Growers Association, National Farmers Union.

(7) Le sénateur républicain du Nebraska, M. Pat Roberts, en a solennellement appelé à un « réveil » de la population rurale des Etats-Unis, félicitant le FACT de son opposition à tout traité. Source : www.fb.org

(8) Cette lettre ne comporte pas de signature manuscrite, mais elle est dactylographiée sur papier à en-tête.

(9) Lire le livre de référence sur la question des lobbies européens : Belén Balanyà, Ann Doherty, Olivier Hoedeman, Adam Ma’anit, Erik Wesselius, Europe Inc., Agone, Marseille, 2000.

Sources : LE MONDE DIPLOMATIQUE

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana EVANGELIZT - Publié dans : PLANETE EN DANGER
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