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  • : José Bové méritait bien un blog pour les combats qu'il mène. Contre les OGM. Contre la mondialisation.Pour un monde plus juste. Pour la Justice et l'Egalité. Quelqu'un qui ose dire tout haut ce que nos gouvernants cachent...
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Les effets pervers de la mondialisaton

Jeudi 12 avril 4 12 /04 /Avr 16:28

En tout, Forgeard a donc touché 8,5 millions d'euros d'indemnités alors que Airbus est en train de faire faillite et que des licenciements de personnels sont en vue. Ceci est proprement scandaleux. De quel droit, Forgeard a-t-il plus de droits que les ouvriers qui triment sang et eau pour construire les avions. Quel monde pourri. Il faut vraiment virer toutes ces élites corrompues. Il n'y a pas d'autres solutions. Grosso modo, 5 milliards de centimes dans la poche du môssieur. Ces individus abjects sont une honte pour notre monde alors qu'il y a tant de misères.

 

 

 

Les indemnités de Forgeard provoquent un tollé

 

Les principaux délégués syndicaux d'Airbus ont vivement réagi mercredi 11 avril à l'annonce des indemnités financières reçues par leur ancien patron Noël Forgeard à la suite de son éviction l'été dernier.

"C'est honteux, évidemment, que Noël Forgeard ait pu recevoir tout cela mais, en fait, ces millions d'euros sont une récompense pour ses bons et loyaux services en faveur de Monsieur Lagardère qui, il ne faut jamais l'oublier, a tiré beaucoup plus de bénéfices que Monsieur Forgeard dans cette affaire", a déclaré Xavier Pétrachi, délégué central CGT.

Noël Forgeard, ancien coprésident exécutif d'EADS, a perçu plus de 6 millions d'euros lors de son départ en juillet du groupe européen d'aéronautique, de défense et d'espace.

S'y est ajoutée une indemnité "de non concurrence", depuis le début de l'année, de près de 2,5 millions d'euros.


"Possible et légal"

"En fait, ces deux hommes, et bien d'autres à la tête d'Airbus, ont tout fait pour tirer le plus de bénéfices de notre société, quitte à la mettre dans le rouge. Et maintenant, ce sont les employés, c'est à dire nous, qui allons payer les pots cassés pendant plusieurs années", a ajouté Xavier Pétrachi.

Pour Marina Lensky, déléguée centrale CFTC, "cette annonce est vécue comme un véritable scandale par tous les salariés d'Airbus, qu'ils soient compagnons ou ingénieurs. Nous sommes outrés, il n'y a pas d'autres mots possibles".

"Même si ces millions offerts en toute légalité à Monsieur Forgeard sont peu au regard des milliards d'euros qu'il va falloir trouver pour sauver Airbus, nous sommes tous vraiment choqués", a ajouté la leader syndicale.

"Ce qui est scandaleux, ce n'est donc pas l'argent qu'il a pris, mais que cela soit possible et légal", a dit de son côté Jean-François Knepper, délégué central du syndicat FO majoritaire au sein d'Airbus.

"Ce n'est donc pas Noël Forgeard qui est à blâmer, mais plutôt la direction d'Airbus qui avait mis en place cette clause. Et nos gouvernements, ainsi que nos légistes, n'ont encore une fois rien fait pour empêcher de telles méthodes", a-t-il ajouté.


"Scandale et provocation"

De son côté, la gauche a vivement dénoncé mercredi l'indemnité de départ de Noël Forgeard.

"C'est un scandale, c'est une provocation, surtout dans cette entreprise où l'Etat est actionnaire, l'Etat aurait très bien pu s'opposer à cette façon de faire", a déclaré Ségolène Royal, candidate présidentielle du PS sur France 2.

"Il faut mettre fin à ce système ultralibéral qui fait que ce sont toujours les salariés dans la politique que la droite a menée qui payent les difficultés des entreprises et les erreurs surtout du patronat", a-t-elle ajouté.

L'Etat français possède 15% du capital d'EADS.
"L'Etat étant actionnaire de référence du groupe EADS, il est évident que le gouvernement a autorisé le versement de ces indemnités", a critiqué le PS dans un communiqué.

Le PS "renouvelle son engagement d'encadrer par la loi le montant et les conditions de versements des rémunérations des dirigeants, en particulier les stock-options et les indemnités de départ de toutes natures", poursuit le communiqué.


"Nausée"

"Celui qui ne paie pas le ticket de RER va en prison, celui qui vole et met au chômage des milliers de salariés touche des millions",
s'est indigné José Bové, candidat altermondialiste à l'élection présidentielle, dans un communiqué.

Se disant "écoeuré par ces patrons qui jettent les travailleurs comme des Kleenex et s'en mettent plein les poches avant de partir", il a demandé la création d'une commission d'enquête parlementaire sur les "patrons voyous".

Olivier Besancenot, candidat de la LCR, a également qualifié ces indemnités de "scandale" et jugé qu'"une fois de plus les grands patrons s'en mettent plein les poches".

"De l'argent, il y en a, le problème c'est qu'il est mal réparti et que les inégalités s'accroissent : il va toujours aux mêmes, à une petite minorité de privilégiés, de financiers et des patrons des grandes entreprises", a-t-il expliqué dans un communiqué.


"Zone de non-droit"

"La rémunération des grands patrons doit cesser d'être une zone de non droit", a estimé la candidate communiste Marie-George Buffet, selon qui "ces chiffres donnent la nausée".

"J'entends déjà les Dupont et Dupond de la droite, le couple Sarkozy/Bayrou, s'en prendre encore une fois aux parachutes dorés, aux patrons voyous. Mais cette comédie ne trompe personne", a-t-elle expliqué dans un communiqué.

Sur France 2, Ségolène Royal a demandé aux dirigeants d'Airbus "de retirer ce plan pour que nous mettions à plat les stratégies industrielles et la façon dont sont justifiées les suppressions d'emplois".

"Est-ce que ce sont des licenciements boursiers ou des licenciements justifiés par des stratégies industrielles ?", s'est-elle interrogée, estimant que "cette information tendrait à prouver que c'est la première hypothèse qui est finalement la bonne".

Sources
Nouvel Observateur

Posté par Adriana Evangelizt


 

Par Adriana EVANGELIZT - Publié dans : Les effets pervers de la mondialisaton
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Vendredi 10 février 5 10 /02 /Fév 23:08

José Bové met en boîte la mondialisation

Le 12 août 1999, lorsqu’il entreprend le démontage du MacDonald’s de Millau avec quelques dizaines d’éleveurs de brebis du Larzac, José Bové est totalement inconnu du grand public. Pourtant, en seulement quelques heures, son visage va symboliser à travers le monde la lutte contre la mondialisation. Le combat contre la malbouffe se diffuse instantanément sur l’ensemble de l’Hexagone, sinon de la planète. José Bové, qui lutte contre la rétorsion américaine à l’encontre du roquefort, trouve même le soutien de paysans aux Etats-Unis qui collectent des fonds pour payer sa caution et le faire sortir de prison.

En novembre 1999, José Bové est à Seattle. Le contre-sommet des opposants à la mondialisation mobilise des dizaines de milliers de manifestants venus des quatre coins du globe pour dénoncer les effets de la course aux profits sur la nourriture, la santé, l’environnement, etc. La réunion de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), où devait être décidée une part de l’avenir de l’humanité sans que les populations ne soient consultées, est largement empêchée et débouche sur un échec pour les représentants du capital.

José Bové et Seattle ont ouvert une brèche. Du Nord au Sud, à l’Ouest comme à l’Est, les populations demandent des comptes et veulent contrôler ceux qui prétendent les représenter. Jamais la perspective d’un combat international mettant directement en cause le capitalisme n’a été aussi proche. Mais si José Bové symbolise la radicalité qui s’exprime contre la globalisation chez des milliers sinon des millions d’hommes et de femmes, il symbolise également le réformisme qui imprègne largement le combat des “antimondialistes”.

Les deux livres d’entretiens avec José Bové parus récemment soulignent le fossé entre cette contestation de l’ordre dominant et la timidité des solutions avancées. Car si Bové dresse le constat lucide que le capitalisme pousse à la marchandisation de tout, s’il démontre avec raison que l’origine de la malbouffe est la soif de profits, il enferme ses propositions dans le cadre du système capitaliste.

Pour José Bové, “La question centrale est de savoir comment créer le débat sur la démocratie et la transparence entre les Etats, l’appareil institutionnel, le mouvement citoyen, ceci afin de promouvoir des règles plus équitables, pas seulement sur le commerce mais aussi sur l’environnement, le droit du travail et les droits humains.” Selon lui, il suffirait de “réguler” le marché, de “démocratiser” les institutions internationales pour améliorer le sort des paysans et des travailleurs du monde entier.

Bové cherche constamment à limiter les effets du capitalisme mondial mais ne s’attaque jamais à la cause des problèmes. Il dénonce la course aux profits mais entend seulement la ralentir. “Le marché existe, il n’est pas question de le nier, répète-t-il. Mais face au marché, il faut des règles.” La solution s’impose alors d’elle-même : “Il faut véritablement un contre-pouvoir et des règles autonomes auxquelles se plierait obligatoirement le marché.” Logiquement toute sa réflexion s’articule autour des instances internationales et nationales à même de s’opposer efficacement au marché.

Ne comprenant nullement que l’Etat et les institutions comme l’OMC, le FMI ou la Banque mondiale sont des instruments au service d’une classe sociale, José Bové propose de les utiliser à d’autres fins que celles pour lesquelles elles ont été conçues. Comment ? 

Bové n’ébauche pas la moindre réponse… Le problème avec lui comme avec de nombreux militants antimondialisation est précisément qu’ils écartent constamment les questions fondamentales : qui possède ? qui décide ? quel intérêt défend l’Etat ? comment assurer que les choix des populations soient satisfaits ? quel contre-pouvoir serait capable de dompter le marché ?

En manifestant, on peut momentanément paralyser une réunion internationale comme celle de Seattle, ce n’est pas pour autant que l’on empêche le capitalisme de fonctionner. En mobilisant l’opinion publique, on peut peut-être limiter les effets les plus écœurants de la course aux profits comme l’utilisation de boue d’épuration ou de farines animales contaminées dans l’alimentation du bétail. Mais cela n’interdit nullement à la bourgeoisie de continuer à produire d’autres marchandises dans des conditions aussi folles.

Pour contraindre la bourgeoisie à aller au-delà de concessions mineures, il faut un autre rapport de force ; pour lutter efficacement contre la logique du fric, il faut contester l’emprise du capitalisme partout où il est. Et comme José Bové le reconnaît, tout est marchandise, y compris les individus… C’est donc l’ensemble de la société qu’il faut transformer, c’est l’intégralité du système capitaliste qu’il faut abattre.

Et nous pouvons être certains que les capitalistes ne vont pas nous laisser satisfaire notre soif de liberté et de démocratie sans réagir violemment ; ils utiliseront non seulement les forces de l’ordre comme lors de la manifestation de Washington mais aussi l’ensemble des forces de répression d’Etat à leur disposition.

José Bové se réclame des mouvements non-violents et pacifistes. Mais face aux rouleaux compresseurs de l’Etat bourgeois, prôner le pacifisme, c’est se désarmer, c’est refuser de lutter jusqu’au bout pour débarrasser une fois pour toute l’humanité de toute forme d’oppression et d’exploitation.

Pour préparer les victoires de demain, la tâche est plutôt de construire une arme pour abattre définitivement le capitalisme, de s’organiser dans une nouvelle Internationale, un parti de la révolution mondiale. Mais de cela il n’est jamais question… Significativement, José Bové écarte même l’idée du combat politique : “s’inscrire dans le débat politique, pour être acteur de transformations ou de prises de conscience, est un mauvais calcul” lâche-t-il.

Paradoxalement, l’homme qui apparaît comme le tribun de la lutte mondiale contre la globalisation défend en réalité “une action locale dans une analyse globale”, limitant son activité à la multiplication d’“expérimentations” autogestionnaires qui auraient une fonction pédagogique et valeur d’exemple. Et l’histoire militante de José Bové, comme celle des fondateurs de la Confédération paysanne tel que François Dufour, relatée dans les deux livres d’entretiens, résume parfaitement cette philosophie.

L’engagement de José Bové dans la lutte contre l’armée et l’Etat français dans le Larzac au cours des années 70 témoigne de ce souci constant de combats ancrés dans le “terroir”, partant des “problèmes quotidiens” et privilégiant des solutions immédiates s’accommodant du capitalisme. L’histoire du Larzac a d’ailleurs une valeur pédagogique… mais inverse à celle imaginée par Bové et ses amis.

La lutte des paysans du Larzac pour obtenir les terres occupées par l’armée et promouvoir une agriculture parallèle a été à bien des égards exemplaire, notamment dans le lien qu’elle a su entretenir avec le peuple kanak qui, en Nouvelle-Calédonie, se battait contre l’impérialisme français et revendiquait sa terre. Mais la mobilisation du Larzac a surtout démontré que le capitalisme peut tout à fait tolérer une agriculture non productiviste, sinon l’assimiler.

Malgré leurs “expérimentations” alternatives, les paysans du Larzac n’ont nullement empêché les ravages de l’agriculture productiviste ou de l’élevage industriel.

Ni le repliement sur soi, ni l’entretien de particularismes locaux ou nationaux ne viendront à bout du capitalisme ; ils favorisent l’émiettement des forces alors que l’heure est à la coordination des actions contre le système à l’origine de l’exploitation et de l’aliénation sous toutes ses formes. Pire, les valeurs que José Bové défend sur la “souveraineté des Etats”, la “protection à l’importation” ou les “barrières douanières” laissent la porte ouverte à des positions réactionnaires et donnent des arguments au combat de forces antiouvrières comme le RPF de Pasqua et de Villier, le FN de Le Pen et le MNR de Mégret.

Lutter efficacement contre la mondialisation, ce n’est pas se retrancher derrière les frontières sous prétexte que la déferlante libérale les remettraient en cause. Les frontières sont des murs qui entretiennent les haines entre les peuples et justifient les guerres ; personne n’a à gagner à leur maintien sinon des bourgeoisies nationales que la mondialisation de l’économie affaiblirait.

En revanche, l’écrasante majorité des populations a tout intérêt à vivre dans une situation qui garantit le niveau de vie de chacun et le partage des richesses entre tous. C’est pourquoi la lutte contre la mondialisation doit être unifiée à l’échelle planétaire autour de revendications visant à la destruction révolutionnaire de tous les Etats nationaux et de toutes les institutions capitalistes du globe et à la construction d’un monde socialiste.

La faiblesse fondamentale qui traverse les deux livres d’entretiens de José Bové est l’absence d’analyse de classe. Il n’est jamais question d’exploiteur et d’exploité. L’Etat ne défend pas une classe dominante dont les intérêts s’opposent à la majorité de l’humanité. José Bové rejette sans discussion le marxisme. Il se prive des moyens de comprendre le monde et de le changer. La classe ouvrière n’est même pas mentionnée en plus de 300 pages d’entretiens !

José Bové se définit comme un “pessimiste actif”. C’est en réalité un activiste réformiste. Il est même le symbole du renouveau d’un réformisme radical dans ses modes d’expression mais tout aussi incapable de résoudre les problèmes que la social-démocratie ou le stalinisme. Le rôle des révolutionnaires n’est ni de s’adapter ni de rejeter le courant antimondialisation. Leur tâche est de faire fructifier le potentiel qu’expriment les milliers de jeunes et de travailleurs qui se mobilisent contre le capitalisme mondialisé en dessinant le plus court chemin vers la victoire : la révolution mondiale !  


José Bové et François Dufour, Le monde n’est pas une marchandise. Des paysans contre la malbouffe. Entretiens avec Gilles Lumeau, Paris, La Découverte, 2000, 238 p.

José Bové. La révolte d’un paysan, Éditions Golias, 2000, 95 p.

Sources : Pouvoir ouvrier

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana EVANGELIZT - Publié dans : Les effets pervers de la mondialisaton
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Vendredi 10 février 5 10 /02 /Fév 22:13

Connivence des élites internationalisées

par  Yves Dezalay
Directeur de recherches au CNRS, Paris. Auteur, avec Bryant Garth, de la Mondialisation des guerres de palais, Seuil, Paris, 2002.

et par Bryant Garth
Professeur de droit et ancien directeur de l’American Bar Foundation. Auteur, avec Yves Delazay, de la Mondialisation des guerres de palais, Seuil, Paris, 2002

Pourquoi passe-t-on si facilement du poste de responsable d’une grande organisation non gouvernementale (ONG) à celui de patron d’une multinationale ? Les parcours sociaux et éducatifs communs, souvent une grande université américaine, facilitent bien des rapprochements, poussant à un « partenariat » contre nature entre grandes entreprises et ONG, au nom d’une responsabilité sociale partagée.

 La sociologie a beaucoup à dire dans les débats sur la mondialisation (1). Car, si les analyses savantes sont prolixes en diagnostics promotionnels ou critiques, elles restent très discrètes sur les pratiques des experts et contre-experts qui sont des acteurs essentiels de la mondialisation.

L’étude de la gouvernance mondiale représente un marché valorisé et profitable pour les producteurs de droit, d’économie ou de science politique (2). Au-delà de leurs divergences scientifiques ou idéologiques, ces producteurs ont en commun de prendre au sérieux les enjeux de la mondialisation. Faisant comme si elle était une réalité – à promouvoir, à combattre ou à contrôler –, ils mobilisent des ressources sociales et institutionnelles qui contribuent à la faire exister, comme enjeu politique mais également comme chantier autour duquel s’empressent les experts. Lorsqu’ils se renvoient la balle d’un forum à l’autre, les protagonistes ont tout intérêt à ne pas saper ce nouvel espace de pouvoir. Ils y parviennent d’autant plus facilement que la dynamique de l’affrontement les conduit à mettre en avant des champions qui mobilisent des combinaisons assez voisines de savoirs intellectuels et de capital social. Au service de stratégies qui se répondent comme en écho.

Le marché de l’expertise internationale est élitiste et protégé. Pour y accéder, il faut disposer de compétences culturelles et linguistiques. Avant d’être renforcées et légitimées par des cursus scolaires internationaux très coûteux, les prédispositions à l’international sont l’apanage des héritiers de lignées familiales cosmopolites. Y compris parmi certains critiques de la mondialisation, qui s’inscrivent dans des réseaux internationaux souvent marqués par l’influence nord-américaine. Car les grandes organisations non gouvernementales (ONG) multinationales recrutent, elles aussi, leurs jeunes professionnels parmi les meilleurs diplômés des campus de l’Ivy League (3), aux Etats-Unis. Or l’accès à ces écoles d’élite – dont le coût peut dépasser 40 000 dollars par an (30 000 euros) – est réservé pour l’essentiel aux héritiers d’un establishment libéral qui, noblesse oblige, a toujours cultivé une certaine forme d’idéalisme et d’universalisme.

Grâce à un tel recrutement, certaines organisations militantes, certaines ONG, disposent d’un vivier constamment renouvelé de compétences. Aussi motivées que reconnues, elles deviennent des partenaires critiques des multinationales et des Etats. Ces collaborations, mal rémunérées mais riches d’expérience, n’excluent nullement des carrières ultérieures dans les institutions d’Etat, les grands cabinets d’expertises, voire les multinationales. Les professionnels du militantisme y retrouveront leurs anciens condisciples, sinon les dépasseront. Les apprentissages militants de ce type permettent en effet d’acquérir quelques-unes des clefs essentielles à l’heure de la « mondialisation » : un carnet d’adresses, mais aussi un savoir-faire politique qui combine la visibilité médiatique et la discrétion du lobbying, sans oublier une réputation bien utile en cas de reconversion ultérieure comme « entrepreneur moral ».

Ainsi, M. Benjamin Heineman, diplômé de Harvard, Oxford et Yale, commence son parcours professionnel en consacrant ses trois premières années à un cabinet juridique d’intérêt public financé par la fondation Ford. Cela le conduit à d’importantes fonctions dans l’administration Carter, avant qu’il ne devienne (il le restera dix-sept ans) directeur juridique de la General Electric, principale multinationale de la planète. Il en est actuellement le vice-président. Exemplaire, ce profil lui vaut une forte légitimité dans le monde professionnel et patronal, où il s’engage en faveur de la déontologie et d’une plus grande « responsabilité sociale ».

Stratégies du double jeu

Les caractéristiques de la nouvelle génération des activistes de la mondialisation valent, a fortiori, pour leurs aînés. L’aisance culturelle et linguistique, souvent cultivée depuis le plus jeune âge dans des établissements scolaires élitistes comme les écoles bilingues (particulièrement dans les pays en voie de développement), sert de passeport pour l’accès ultérieur à des formations universitaires étrangères, dont le coût, assumé en grande partie par les familles, renforce l’effet de sélection sociale.

Cette formation à l’étranger des élites nationales des pays dépendants constitue un héritage du modèle colonial, réactualisé par le nouvel impérialisme. Les Etats-Unis ont imposé leur hégémonie par des investissements éducatifs qui ont remodelé les cursus universitaires des futurs responsables gouvernementaux autour de l’économie et de la science politique. Les grands campus privés de l’Ivy League servent ainsi de lieu de prédilection à la constitution des nouvelles élites, tant nationales qu’internationales. Compensant la concurrence accrue dans l’enseignement supérieur national, liée à l’afflux d’étudiants, les formations lointaines et coûteuses ont permis aux différentes bourgeoisies d’Etat de privilégier leurs héritiers en leur réservant de fait l’accès à des diplômes étrangers prestigieux. Cette stratégie, commune aux élites de nombreux pays, a contribué à « une unification du champ mondial de la formation des dirigeants (4)  ».

A travers la dénonciation des vieilles idéologies coloniales au profit de nouveaux universels – le développement, le marché, l’Etat de droit –, la puissance hégémonique américaine a fait coup double. Elle a disqualifié les réseaux d’influence qui assuraient la pérennité du modèle néocolonial européen, tout en réorientant vers ses propres campus les circuits internationaux de formation des élites périphériques. Avec pour corollaire utile, la fuite des cerveaux vers les marchés professionnels les plus rémunérateurs.

Les deux espaces du national et de l’international sont étroitement imbriqués dans les stratégies de reproduction des élites. Sur le marché de l’expertise internationale, les opérateurs dominants sont ceux qui peuvent mobiliser des titres et des diplômes authentifiés par leurs Etats d’origine. A l’inverse, un capital international de compétences et de relations représente un atout non négligeable dans les stratégies nationales de pouvoir. Etre énarque ou polytechnicien ne nuit certainement pas à une carrière ultérieure dans les institutions internationales ; être diplômé de Harvard n’interdit aucunement de devenir ministre à Paris. Un petit groupe de privilégiés peut simultanément faire valoir sa notoriété nationale pour se faire entendre sur la scène internationale et investir dans l’international pour renforcer ses positions dans le champ du pouvoir national. Dans ce dernier cas, il suffit d’expliquer qu’ils pourront ainsi mieux promouvoir les intérêts du pays dans la compétition mondiale.

Ces stratégies du double jeu valent, a fortiori, pour les grandes institutions philanthropiques privées – comme les Fondations Ford, Rockefeller, Soros – qui se retrouvent désormais à l’avant-garde de la mondialisation, fût-elle « humanisée ». Tout en finançant l’essor international des grandes ONG qui militent pour les droits de la personne ou la défense de l’environnement, elles ont contribué au rayonnement international des campus qui produisent et qui diffusent la nouvelle orthodoxie libérale : plus de la moitié des gouverneurs de banques centrales sont diplômés en économie, le plus souvent dans les grandes universités américaines ; plus d’un tiers sont des anciens du Fonds monétaire international (FMI) ou de la Banque mondiale. La mondialisation valorise ainsi un espace de la « gouvernance » internationale dont les institutions et les pratiques s’inspirent du modèle nord-américain.

Paradoxalement, les divisions au sein de l’empire font sa force. La ruse de la raison impériale (5), c’est qu’elle exporte aussi ses modes de critique : même la contestation du modèle américain s’inspire des analyses (multiculturalisme, métissage) et des méthodes de lutte (invocation de la « société civile » et recours aux médias) courantes aux Etats-Unis. Pour riposter à ceux qui justifient leurs politiques conservatrices en s’appuyant sur les « internationales de l’establishment » (FMI, Banque mondiale, etc.), leurs adversaires puisent dans la panoplie des modèles alternatifs qui circulent à travers le réseau des ONG. Ainsi, au centre comme à la périphérie du nouvel ordre mondial, les luttes internes alimentent et se nourrissent de dynamiques d’importation culturelle. Concurrentes autant que complémentaires dans leurs effets hégémoniques.

Grâce à leur recrutement dans les campus d’élites, au soutien financier des fondations philanthropiques et aux nombreux relais dont elles disposent (dans le champ universitaire mais aussi dans celui des institutions internationales), les ONG basées à Washington peuvent plus facilement élaborer des stratégies et des modèles qui correspondent aux nouveaux enjeux politiques ou scientifiques. Elles sont d’autant plus soucieuses de diffuser ces analyses qu’elles espèrent en retour faire valoir une mobilisation de l’opinion internationale pour accroître leur influence à Washington. Pour les organisations militantes des pays dominés, le problème est différent. La faiblesse de leurs ressources propres les conduit à faire appel au marché international de la philanthropie… qui leur impose en retour ses mots d’ordre et ses modèles, sinon ses modes.

Détournement de militants

Dans sa thèse sur « Le marché international de la solidarité », Benjamin Buclet détaille toute l’ambiguïté du « partenariat » entre les grandes ONG internationales et les petites structures intervenant au niveau local (6). Afin de financer leur action militante, ces dernières doivent s’inscrire dans une logique de projet, négocié avec des bailleurs de fonds internationaux. La mise en concurrence des projets assure l’influence de ces gestionnaires financiers, tant sur la définition des « populations-cibles » que sur les objectifs et les critères d’évaluation. De surcroît, les priorités de ces gestionnaires sont relayées par de grandes ONG, bien introduites sur la scène internationale – ce qui leur permet de remplir, de fait, un rôle de holding vis-à-vis de leurs réseaux de petites ONG locales, ne disposant pas, elles, des ressources sociales qui ouvrent un accès direct aux financements internationaux. Ce dispositif court-circuite les gouvernements nationaux et les notables locaux, mais permet à la « société civile internationale » (sic) d’assurer la diffusion de ses valeurs et de ses priorités, de définir ce que sont les besoins de développement ou les « attentes de démocratie ».

Tout en dénonçant les tenants du monétarisme qui ont imposé leurs disciples – et leur discipline – à la tête des institutions financières nationales des pays en voie de développement, les agents du « marché mondial de la solidarité » prolongent au niveau local l’entreprise de restructuration politique dans les Etats de la périphérie. Lorsqu’ils s’efforcent de bâtir leur crédibilité sur le terrain, les responsables de ces petites ONG n’échappent pas en effet à la logique du clientélisme. Porte-parole – mais aussi « parrains » – de populations très dépendantes, ils sont alors amenés à concurrencer les notables qui disposaient jusque-là d’un quasi-monopole sur le pouvoir politique local.

Parfois, les gains obtenus par les militants sur la scène internationale ont été chèrement payés au plan local car, encouragés à utiliser les méthodes d’action prisées par les pays démocratiques et les ONG (rassemblements pacifiques, exposition des leaders du mouvement les plus charismatiques), ils se heurtent à des pouvoirs qui, eux, ne reculent pas devant la violence. Ce qui correspond le mieux aux canons de la protestation occidentale, médiatisation comprise, n’est pas nécessairement ce qui impressionne le plus des régimes où la puissance des forces de répression et l’équilibre des pouvoirs ne sont ni ceux de Stockholm ni ceux de Washington (7).

Confrontés à une lutte aussi incertaine qu’inégale, certains de ces militants peuvent être tentés de fuir vers les grandes scènes de la mondialisation où, grâce aux ressources mises à leur disposition, ils peuvent avoir l’impression que leurs engagements sont non seulement moins périlleux, mais aussi plus efficaces.

Ainsi, parmi les militants chiliens qui avaient été les pionniers des droits de la personne sous la dictature de Pinochet, plusieurs, parmi les meilleurs, ont émigré pour se retrouver au premier rang de la scène internationale. Certains s’y sont résolus parce qu’ils étaient pourchassés ou expulsés, comme le professeur de droit Jose Zalaquett qui a rejoint Amnesty International en 1976, avant d’en assumer trois ans plus tard la présidence.

Mais, pour la plupart, leur départ coïncide avec le déclin des ONG chiliennes, après la victoire de la coalition démocratique. Soit parce que la nouvelle équipe gouvernementale fait appel à eux, pour bénéficier de leur légitimité : M. Roberto Garreton, responsable du comité juridique de défense des victimes de la dictature créé au sein de l’Archevêché, est, par exemple, nommé ambassadeur des droits de l’homme, avant de poursuivre sa carrière à l’ONU comme rapporteur spécial des droits de l’homme, notamment au Zaïre. Plus généralement, quand le Chili cesse de faire la « une » des grands médias, les financements des ONG se tarissent, même si les couches les plus défavorisées de la population chilienne continuent d’être victimes de violences policières. Pour poursuivre leur engagement, certains militants choisissent alors d’émigrer, comme M. José Vivenco, qui rejoint Washington, où il devient l’un des principaux porte-parole d’America Watch.

L’internationalisation des luttes nationales à travers lesquelles se construit l’embryon d’une société civile mondiale contribue donc à imposer comme universelles des stratégies et un savoir-faire inspirés par la dynamique politique américaine. Déjà, la victoire de Ronald Reagan avait produit des effets paradoxaux, notamment en favorisant l’universalisation des « droits de l’homme (8) ». Pour construire une sorte de contre-feu devant la mainmise de la droite sur les institutions d’Etat, la fraction réformiste, souvent démocrate, du Foreign Policy Establishment s’appuya sur les ressources d’institutions privées qu’elle avait fondées et dont elle conservait le contrôle. Soucieuse d’encourager l’essor d’une « société civile » capable de jouer un rôle de contre-pouvoir, elle invoquait contre les faucons dont s’entourait Ronald Reagan une morale universelle des droits de la personne.

« Jugez les salauds »

Les fondations philanthropiques ont joué un rôle de modérateurs de la mobilisation civique. Dans le domaine de l’environnement, par exemple, en faisant miroiter ses subventions et en mobilisant ses réseaux scientifiques, la Fondation Ford a accéléré la reconversion de mouvements contestataires autour de thématiques « responsables ». Elle a, par exemple, fait pression sur les responsables de l’Environment Defense Fund (EDF) pour qu’ils abandonnent une stratégie de confrontation qui s’appuyait sur la tribune judiciaire pour mobiliser l’opinion : « Sue the bastards » (Jugez les salauds), selon la formule favorite de l’inventeur de cette démarche.

Faisant valoir que leur responsabilité civile en tant que bailleurs de fonds était engagée, les financiers de la Fondation Ford ont imposé une présélection des dossiers par des grands notables du barreau. Simultanément, la Fondation a encouragé la négociation des écologistes avec les industriels. D’abord en finançant les travaux d’une équipe d’économistes d’Electricité de France qui ont démontré que la protection de l’environnement ne représentait pas seulement un coût, mais une source de profits potentiels pour les entreprises. Ensuite en faisant pression sur les multiples petits groupes d’activistes pour qu’ils se regroupent au sein de structures unifiées autour d’états-majors professionnels, capables de négocier sur la base d’une expertise scientifique reconnue (9). Les grandes ONG qui dominent désormais la scène internationale de la défense de l’environnement – modernisée sous l’appellation de « marché du développement durable » – sont l’instrument de cette contre-offensive inscrite dans la grande tradition réformiste du capitalisme philanthropique américain, inventée par les « barons voleurs (10) ».

Pierre Bourdieu le rappelait : « La référence à l’universel est l’arme par excellence (11). » L’impérialisme sait avancer sous l’étendard des droits de l’homme et de la (bonne) gouvernance. Jouant de leur partenariat avec les ONG, les multinationales n’ont plus ensuite qu’à se présenter comme les champions du « développement [d’un capitalisme] durable ».

Notes :

(1) Cf. « Sociologie de la mondialisation », Actes de la recherche en sciences sociales, Paris, mars 2004.

(2) Ainsi, les grandes institutions financières internationales, comme la Banque mondiale, consacrent désormais plusieurs centaines de millions de dollars à la promotion du droit et de la « bonne gouvernance », qui viennent compléter le répertoire des prescriptions monétaristes (cf. Yves Dezalay, Bryant Garth [sous la direction de], Global Prescriptions. The Production, Exportation and Importation of a New Legal Orthodoxy), University of Michigan Press, Ann Arbor, 2002).

(3) L’Ivy League regroupe les huit universités d’élite américaines. Lire Rick Fantasia, « Délits d’initiés sur le marché universitaire américain », Le Monde diplomatique, novembre 2004.

(4) Pierre Bourdieu, « Conclusions du colloque sur les instances de formation des cadres dirigeants », Centre de sociologie européenne, Maison des sciences de l’Homme, Paris, 1993, p. 282.

(5) Cf. Pierre Bourdieu et Loïc Wacquant, « Sur les ruses de la raison impérialiste », Actes de la recherche en sciences sociales, mars 1998, et Le Monde diplomatique, mai 2000.

(6) Cf. Benjamin Buclet, « Le marché international de la solidarité : les organisations non gouvernementales en Amazonie brésilienne », thèse soutenue à l’EHESS, Paris, juin 2004.

(7) Lire Arundhati Roy, « Les périls du tout-humanitaire », Le Monde diplomatique, octobre 2004.

(8) Cf. « L’impérialisme de la vertu », Le Monde diplomatique, mai 2000.

(9) Cf. Robert Gottlieb, Forcing the Spring : The Transformation of the American Environmental Movement, Island Pr., Washington, 1993.

(10) Cf. Nicolas Guilhot, « Une vocation philanthropique, George Soros, les sciences sociales et la régulation du marché mondial », Actes de la recherche en sciences sociales, mars 2004.

(11) Cf. Pierre Bourdieu, Raisons pratiques, Seuil, Paris, 1994, p. 242.

Sources : LE MONDE DIPLOMATIQUE

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana EVANGELIZT - Publié dans : Les effets pervers de la mondialisaton
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Vendredi 10 février 5 10 /02 /Fév 20:59

Très bel article qui nous permet de méditer sur ce que nos élites dévoyées sont en train de nous préparer. La mondialisation me fait penser à une grosse pieuvre qui étend ses tentacules sur le monde en entier en étouffant les peuples. Mais qui est la grosse pieuvre ? Combien d'individus malfaisants représente-t-elle ? Pas beaucoup en y réfléchissant bien comparé aux six milliards et quelques d'individus qui peuplent la planète. Si tous les moutons de ce grand troupeau étaient éveillés, éclairés et lucides, nous ne ferions qu'une bouchée de pain de ces mafieux qui nous gouvernent et qui nous imposent leurs lois... ce n'est pas la mondialisation qu'il faut prôner mais l'universalité et la confraternité. L'amour du prochain et non l'appât du gain...

Et Dieu créa la mondialisation...

 

 Par André Bellon


Ancien président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale ; vient de publier Pourquoi je ne suis pas altermondialiste - Eloge de l’antimondialisation, Mille et une nuits, Paris,160 pages, 10 euros.

« Le mot hérésie… implique un choix (haereo en grec signifie choisir). L’homme peut dévier de la rectitude de la foi chrétienne de deux façons : d’un côté, parce qu’il ne veut pas adhérer au Christ ; d’un autre côté, parce qu’il ne choisit pas ce qui est vraiment transmis, mais ce que son propre esprit lui suggère. L’hérésie est une espèce d’infidélité (1).  » Il y a huit siècles, saint Thomas d’Aquin définissait ainsi la recta ratio, la pensée « juste » conforme au dogme et à l’ordre existant. Il rangeait l’esprit critique et la raison humaine dans le bagage des hérétiques.

Les déclarations sur la construction européenne permettent de découvrir ses héritiers ; ils n’analysent pas, ils assènent, ils fulminent des anathèmes : ainsi, quiconque rejette le projet de « Constitution pour l’Europe » serait, pour M. Michel Rocard, « malhonnête  (2 », pour M. Daniel Cohn-Bendit « organisateur de complot (3 ». Ils tentent d’empêcher ainsi toute réflexion sur le sens de l’Union européenne, en particulier sur ses relations avec la mondialisation libérale.

Lutter contre l’univers d’injustice et d’oppression qui s’appelle la globalisation doit commencer par le rejet des nouvelles vérités révélées, par la revitalisation de l’esprit critique. C’est un combat dans lequel on ne peut, comme le disait Bossuet, « s’affliger des conséquences tout en s’accommodant des causes ». Refuser le monde tel qu’il est demande avant toute chose de comprendre à quel point le concept de mondialisation est idéologique, de voir que la mondialisation n’a rien de fatal, qu’elle est le fruit de choix et d’intérêts humains.

Une idéologie, quelle qu’elle soit, se présente comme le réel ; une idéologie qui a gagné s’impose à la grande majorité des gens comme une évidence. C’est d’autant plus vrai à propos de la mondialisation que le combat contre ce concept est présenté comme archaïque et perdu d’avance. Du coup, tels les aimables « bisounours » qui, à la télévision, construisent un monde d’amour et de bonheur, on peut penser pouvoir peindre la mondialisation aux couleurs de nos illusions. La question n’est pas neuve dans l’Histoire. Les grandes constructions dogmatiques permettent toujours, dans leur phase d’émergence, des différences d’interprétation – qu’on ne qualifie alors pas encore d’hérésies –, lorsque celles-ci légitiment les concepts fondamentaux en train de s’imposer. Mais, par la suite, les enjeux de pouvoir tranchent assez vite les questions en suspens et liquident les illusions en même temps que les déviants.

La mondialisation n’est pas fatale. Ce sont ses propres thuriféraires qui l’ont baptisée mondialisation ou globalisation et l’ont imposée, notamment à gauche, en jouant de cette vieille aspiration humaine à la citoyenneté mondiale. Ce sont les journaux bien-pensants qui ont matraqué l’idée qu’elle était inévitable. Ce sont les pseudo-philosophes de la modernité qui en ont légitimé le caractère prétendument positif (4).

La mondialisation est en général présentée comme la conséquence naturelle de l’évolution technologique et de la finitude du monde. C’est oublier que, au cours de l’histoire humaine, d’autres révolutions technologiques, d’autres découvertes des bornes de notre espace n’ont pas conduit à une vision dogmatique de l’avenir. Bien au contraire, l’extraordinaire événement qu’on a appelé la Renaissance a conjugué une révolution scientifique considérable, un courant d’échanges internationaux impressionnant et l’émergence d’une philosophie de la raison, de l’esprit critique et de la liberté individuelle. Cet événement fut la conséquence d’un choc, choc toujours présent en Occident, entre la conception religieuse de l’ordre social et la philosophie gréco-romaine, le siècle des Lumières n’ayant été qu’un instant de ce choc.

Aujourd’hui, la critique de la raison humaine par des philosophies dites postmodernes, l’abandon de la volonté politique par la redécouverte de prétendues fatalités, tout se conjugue pour laisser le champ libre aux forces dominantes, notamment de l’argent et du marché ; la mondialisation néolibérale qui prétend être l’expression d’un nouvel intérêt général bien compris de l’humanité n’est en fait que le résultat des rapports de forces les plus brutaux.

Vouloir un autre monde, un autre rapport de forces sociales est donc un combat nécessaire, mais pas obligatoirement dans la perspective d’une autre mondialisation ; c’est pourquoi l’évolution sémantique qui a conduit à remplacer le terme d’antimondialiste par celui d’altermondialiste n’est pas anodine. La critique d’une globalité doit-elle déboucher sur une autre globalité, génératrice d’autres aliénations ?

Il faut donc promouvoir l’antimondialisation et ignorer les accusations infondées de « repli » ou de « frontières archaïques ». Car l’internationalisme, à l’opposé du mondialisme, même alter, est un instrument de cohésion entre nations démocratiques et demeure un outil pertinent de lutte sociale. Et le véritable archaïsme se trouve dans ces visions mondialisées qui rejettent les humains, leurs combats et leurs droits dans le « grand corps compact qui indifférencie les individus, les fusionne, en sacrifie en théorie quelques-uns pour le bien du plus grand nombre !  (5 ».

La mondialisation, en détruisant les Etats, nie les peuples en tant que corps politique souverain ; en éliminant la nation en tant que corps social, elle gomme, sans lui en substituer un autre crédible, le seul cadre pertinent dans lequel ont pu et peuvent se manifester les affrontements sociaux : la mondialisation vise à supprimer la lutte des classes.

Toute conception d’une quelconque mondialisation aboutit à souhaiter l’émergence d’une espèce de droit international sans Etat, hors sol en quelque sorte, c’est-à-dire dominateur puisque situé hors de toute prégnance sociale. Les plus déterminés défenseurs de la mondialisation sont justement, d’ailleurs, les plus farouches accusateurs de l’Etat, présenté au travers de sa seule fonction répressive, vieille ficelle idéologique destinée à dénier toute légitimité à la souveraineté populaire.

S’il est, en effet, normal d’analyser l’Etat au travers de la domination qu’il exerce, les thèses développées, par exemple, par Toni Negri et Michael Hardt (6) font l’impasse sur la réalité contradictoire que représente un peuple. En assimilant l’Etat à une simple machinerie répressive, ils le situent en dehors de toute réalité sociale. Ils ne le voient que totalitaire et nient la voie démocratique. Leur conception suivant laquelle « les concepts de nation, de peuple et de race ne sont jamais très éloignés  (7 », finalement assez voisine de celle de l’extrême droite, ne représente même pas une caricature de la conception simplement démocratique de la nation. Bien pis, en éliminant la définition républicaine de la nation-corps politique, elle redéfinit le peuple à partir du droit du sang. Mais cette définition a l’avantage de ne pas gêner la mondialisation ; en retirant aux peuples tout droit politique, en limitant les cultures à leur aspect folklorique, elle impose la soumission politique à un ordre quasi immanent.

Non, l’Etat n’est pas seulement un outil de domination, c’est également un instrument d’organisation des solidarités, de redistribution des richesses, de régulation. Il doit surtout se construire comme l’expression de la souveraineté populaire, de la démocratie, qui reconnaît le citoyen comme élément de base du corps politique.

Toute vision mondialisée, en se prétendant par nature l’expression de l’intérêt de l’humanité, détruit cette légitimité, car il ne s’agira, en fait, que d’une humanité désincarnée et dépolitisée ; en remplaçant la souveraineté populaire et l’internationalisme par des organes politiques éloignés des peuples, en remplaçant les affrontements démocratiques par des vérités immanentes, elle impose ses dogmes au détriment de la raison. Les drames du XXe siècle expliquent largement un tel dérapage ; mais l’histoire reste aussi à écrire d’une gauche qui, à partir de la mort de Jean Jaurès, a oublié la volonté qu’avait ce grand humaniste de synthétiser le combat pour la liberté individuelle et les luttes pour le progrès social ; la séparation de ces deux objectifs ne pouvait mener qu’à des impasses. Ce n’est pas dans l’illusion que se construira le progrès social, mais dans l’affirmation pratique du libre-arbitre et de la liberté humaine.

Notes :

(1) Saint Thomas d’Aquin La Somme de théologie, les Editions du Cerf, Paris, 1998.

(2) Le Parisien, 21 septembre 2004.

(3) Le Journal du dimanche, 19 septembre 2004.

(4) Alain Minc, « La mondialisation heureuse », Le Monde, 17 août 2001.

(5) Geneviève Azam, « Libéralisme économique et communautarisme », Politis, n° 776, 20 novembre 2003.

(6) Toni Negri et Michael Hardt, Empire, Exils, coll. « Essais », 2000.

(7) Toni Negri et Michael Hardt, op. cit., p. 140

Sources : LE MONDE DIPLOMATIQUE

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