José Bové, "altercandidat" des villes et des champs

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Article paru dans La Croix...

 

José Bové, "altercandidat" des villes et des champs

 

par Michel Waintrop



Le leader altermondialiste tente de trouver sa place dans le paysage politique traditionnel

 

Interdit de fumer… « Même pour José Bové !!! » Ces trois derniers mots et leur ponctuation ont été écrits par un feutre anonyme sur l’affichette qui bannit la cigarette (et donc la pipe) dans l’immeuble de bureaux où le candidat a installé son QG de campagne, boulevard de Ménilmontant, à Paris.

Au deuxième étage, son équipe l’attend. Quand ? C’est bien là le hic. Maîtriser la campagne électorale de José Bové n’est pas de tout repos pour ses partisans qui jonglent avec des informations contradictoires dans un emploi du temps à flux tendu. Les changements sont parfois décidés à la dernière minute sans que tous en soient avertis.

Gilles Lemaire, ancien secrétaire général des Verts, rallié au leader altermondialiste, est chargé de l’organisation des meetings et reste stoïque. « Pour être gentil, on va dire que c’est une alter-campagne », dit-il en riant franchement et en reconnaissant le « bordel généralisé ». Gilles Lemaire souligne que la diversité des pro-Bové explique qu’ils n’ont pas encore l’habitude de travailler ensemble. « En outre, nous avons des exigences économiques et écologiques pour cette campagne. Cela induit très peu de déplacements en avion mais de longues heures de train. Il faut gérer les exigences des militants qui nous accueillent et la fatigue de José. »

"Ma démarche est inhabituelle"

C’est à ce moment précis que ce dernier fait son apparition, tout sourire, avec des bises et des accolades pour chacun. Le teint est un peu pâle, les traits tirés… Pour échapper aux nombreuses sollicitations, on se réfugie dans une petite salle dont il ouvre vite la fenêtre par besoin d’air frais. Malgré les sondages qui ne décollent pas, José Bové n’est pas trop inquiet. « C’est normal car ma démarche est inhabituelle. Je ne fonctionne pas avec une logique d’appareil. Je n’ai pas de parti autour de moi mais un rassemblement de gens venus de divers horizons. Il faut que nous trouvions notre place dans le paysage politique traditionnel. »

José Bové affirme construire quelque chose de nouveau et permettre à des gens éloignés des urnes « de se réapproprier leur bulletin de vote ». Pour dépasser son image de leader paysan, il a choisi d’insister sur les visites de cités. « Je suis frappé par la corrélation entre la misère rurale et celle des banlieues, souligne-t il. Ici, comme là-bas, nous voyons une France à deux vitesses. » Un message qu’il a déjà porté à Mantes-la-Jolie (Yvelines) ou à La Courneuve (Seine-Saint-Denis). Ce soir, c’est à Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne.

À l’extérieur du gymnase où se déroule la réunion, entre 400 et 500 personnes attendent impatiemment son arrivée. Près de la buvette, on se presse autour d’un verre de «bière du faucheur» (1,50 €) ou d’un sandwich à la tomme paysanne (2 €). Le public illustre la diversité des partisans de José Bové : Verts minoritaires dans leur parti, communistes qui ne veulent pas suivre Marie-George Buffet, altermondialistes, libertaires…

"Il va en prison pour ses idées, pas pour avoir puisé dans la caisse"

Des jeunes des cités voisines aussi, dont quelques femmes à la tête recouverte d’un foulard. « Dans les banlieues, on le respecte, explique Samir, 19 ans, un habitant du quartier. Lui va en prison pour ses idées, pas pour avoir puisé dans la caisse. » La prison, José Bové sait qu’il y a de nouveau rendez-vous bientôt, puisqu’il a été condamné à quatre mois de détention ferme. « Bien entendu, j’y pense parfois car c’est un lieu dur, usant. Mais puisque je serai emprisonné pour mes idées politiques, il n’est pas question que j’accepte une peine de substitution comme un bracelet électronique. »

Après le joyeux désordre qui suit son arrivée, José Bové monte enfin sur l’estrade. Entre deux vidéos (l’une sur les enfants de sans-papiers, l’autre sur une rencontre entre l’ancien syndicaliste paysan et le sous-commandant Marcos) et des intermèdes musicaux de rap, José Bové répond à des questions que les participants ont écrites sur de petits papiers. Sur le lien entre la ruralité et les cités, il évoque une « même aspiration à la dignité ».

"Un citoyen debout doit désobéir quand une loi est injuste"

José Bové dénonce les « shérifs » des brigades anti-criminalité, magnifie les luttes ouvrières, vilipende les multinationales alimentaires qui ruinent l’Afrique, exige le contrôle de l’arme nucléaire d’Israël par l’ONU… Il promet d’ailleurs que s’il est élu, il démantèlera l’arme nucléaire française, dont le budget sera réinvesti dans l’éducation. Sur la question des sans-papiers, il rappelle qu’« un citoyen debout doit désobéir quand une loi est injuste ».

Le lendemain matin, dans la très fréquentée rue de la République, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), c’est justement à quelques femmes en situation irrégulière qu’il s’adresse pour les encourager. Le cortège s’ébranle ensuite, passant du bureau de La Poste (où José Bové dénonce la fermeture des services publics) à l’agence EDF où il rend hommage au « courage des agents qui ont désobéi en refusant de couper l’électricité aux démunis ».

Fendant la foule du marché, il serre de nombreuses mains, embrasse des mammas africaines et remercie par une accolade et un « merci à toi » les nombreux passants qui l’encouragent. Derrière, des femmes sans papiers entonnent une Marseillaise dont les paroles modifiées parlent de fraternité et de régularisation. Il s’arrête pour parler à ceux qui l’interpellent, comme cette mère de quatre enfants qui cherche un emploi et qui craint un jour de se « retrouver menottée à cause de ses dettes » ou à ces retraités qui lui expliquent leurs difficultés et à qui il promet une retraite égale au smic. Un smic qu’il veut porter à 1 500 € tout de suite.

"Au revoir président"

Dans la voiture qui l’emporte vers Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise), il se réjouit de l’accueil qui lui a été fait. Il le savoure d’autant plus qu’il a, au fond, toujours l’impression d’être un miraculé des parrainages avec ses 503 signatures. Il évoque, les yeux pétillants, les paraphes qui sont arrivés dans les dernières heures, portés de province par des cheminots.

À Garges, des élèves de terminale l’attendent devant le lycée Simone-de-Beauvoir. Certains élèves ont l’âge de voter, d’autres non, comme Fazil, 17 ans, qui aurait hésité entre Arlette Laguiller et le cofondateur de la Confédération paysanne. On parle OGM, plan pour les banlieues, place de la France dans l’Europe… Une fois que José Bové est remonté dans la voiture, des élèves se pressent à sa vitre et lui proposent en plaisantant de lui offrir un « Mac Do » à sa prochaine visite. Il éclate de rire. Encore plus quand, imitant une publicité pour le Loto, les adolescents chantent : « Au revoir président. »

Président, José Bové a peu de chances de le devenir cette année. « Mais pas question que cette aventure soit un coup d’épée dans l’eau, insiste-t-il. Un de ceux qu’on ne donne que tous les cinq ans. » Il prévoit des candidats aux prochaines élections; lui ne se présentera pas : « Aux législatives, cela n’aurait aucun sens. Quant aux municipales, j’habite dans une commune de 140 électeurs et je suis content de mon maire… » En tout état de cause, José Bové risque de ne pas profiter tout de suite des charmes de sa maison de Montredon (Aveyron) qu’il vient de se faire construire et dont il vante volontiers les nombreuses qualités écologiques.

Sources La  Croix

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Présidentielle

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Goosh 23/04/2007 16:00

Pourquoi n'avez-vous pas fait votre profession de foi sur papier recyclé ?? Vous ?  (ainsi que Mme Voynet... !)
C'est incompréhensible.
Même Sarko l'a fait ...  Seuls 3 candidats sur les 12 l'ont fait ! Et 1 a utitlisé du papier de qualité écologique.
Cependant, je respecte vos combats et une grande partie de vos idées. Il manque de personnes comme vous.
Encouragements respectueux
Goosh

Appert 22/04/2007 22:16

Il semble  que sur ce blog, on parle, on discute, on présente,  mais pour les idées contradictoires, il faut attendre des jours meilleurs pour que le débat se fasse...Pourquoi ne pas pouvoir donner la possibilité de discuter directement sur LE sujet????Un touriste de passage......................

ceyram 22/04/2007 14:55

Bonjour
Mr Bové daignerai t il répondre à ma demande  : (si toute fois ce site est proche de lui)
Acceptez vous le vote d\\\\\\\\\\\\\\\'un élève ingénieur, qui en autre  achète des maisons qu\\\\\\\\\\\\\\\'il restaure (certes il y passe ses week-end), et qu\\\\\\\\\\\\\\\'il loue en suite à des pauvres en leur fesant payer en loyer la totalité du crédit (sur 15 ans il a même un petit bénéfice chaque année).
Ëtes vous de ceux qui refute des votes car leurs auteurs ne sont pas dans votre ligne, ce qui semblerai le cas. Pour autant je pense que vous êtes contre l\\\\\\\\\\\\\\\'exploitation de l\\\\\\\\\\\\\\\'homme par l\\\\\\\\\\\\\\\'homme. C\\\\\\\\\\\\\\\'est me semble t il la base de votre combat anti-mondaliste.
Je serai très intérêssé par votre réponse sur ce cas précis d\\\\\\\\\\\\\\\'électeur.
Cordialement Ceyral