Aucun salarié ne sera laissé sur le carreau !

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Yves Salesse :

 « Aucun salarié licencié ne sera laissé sur le carreau ! »


Le programme de José Bové, basé sur les 125 propositions des collectifs antilibéraux vient de sortir. Yves Salesse, président de la fondation Copernic, chiffre son coût.

Marianne2007.info : Quel est le coût du programme de José Bové ?
Yves Salesse : Nous avons chiffré le coût des 125 propositions des collectifs antilibéraux à 160 milliards d'euros. Il faut voir qu'on a chiffré très largement par rapport aux autres candidats pour bien montrer l'ampleur de la tâche à accomplir. Par exemple, nous avons inclus dans nos calculs l'extension des 35 heures ou la mise en place des 32 heures. On sait aussi qu'un million de chômeurs en moins cela se traduirait par 9 milliards d'euros de recettes fiscales. De la même manière, 1% de croissance supplémentaire représente 3 milliards d'euros de gains pour l'Etat. Autant d'entrées d'argent que nous n'avons pas comptabilisées. On peut donc dire que nous proposons une enveloppe très large.

160 milliards d'euros, c'est un peu plus de la moitié du budget de l'Etat...
Attention. Nous ne parlons pas de dépenses publiques, nous parlons de transferts de ressources. En vingt ans, dix points de PIB sont partis rétribuer le capital au détriment du travail. Nous sollicitons donc les profits des entreprises et les gains financiers. Tous les ans, les revenus des travailleurs sont amputés de 180 milliards d'euros, si l'on se réfère à la répartition entre capital et travail qui existait à la fin des années 70 ! On compte reprendre 160 milliards d'euros. Ce n'est pas une révolution. Nous voulons simplement opérer au profit du travail un transfert équivalent à celui qui s'est fait au profit du capital ces vingt dernières années.

Comment prenez-vous cet argent ? En créant de nouvelles taxes ?
On peut procéder de plusieurs manières. Nous optons principalement pour une prise en charge directe par les entreprises. Cela permettra de porter le Smic à 1500 euros bruts immédiatement et d'augmenter de 300 euros les salaires. Nous faisons le même raisonnement pour tenir cet autre engagement fort : aucun travailleur licencié ne sera laissé sur le carreau. Et ce n'est pas une proposition de meeting. Le salarié licencié gardera son contrat de travail avec l'intégralité de son salaire et de ses droits retraite. Payé par qui ? Par un fond mutualisé qui sera abondé par de nouveaux prélèvements sur les profits.


Pourquoi travailler si le salaire reste le même ?
A de très rares exceptions près, les gens ont besoin d'un travail pour avoir une reconnaissance sociale et se sentir utile. Sinon, comment comprendre le travail des femmes ? Beaucoup de femmes font des travaux peu qualifiés et précaires. Entre le coût des frais de garde, les pertes d'allocations diverses et ce que rapporte le salaire, le différentiel est assez mince. On voit bien que travailler est avant tout une façon d'acquérir une autonomie.

Vos projets mettront donc à contribution les profits des entreprises. Mais cette cette manne suffit-elle à financer l'ensemble de votre programme ?
Je vous le redis, 10 points de PIB, cela fait 180 milliards d'euros… Cela dit, nous prévoyons aussi un certain nombre de mesures fiscales. Ainsi nous souhaitons remettre à plat les 26 milliards d'euros d'exonérations de cotisations sociales accordées aux entreprises. Enfin, nous examinerons de très près les 65 milliards d'euros d'aides consenties aux entreprises. Nous ne proposons pas de les supprimer toutes mais nous pensons que beaucoup d'aides sont inutiles voire néfastes.

Le renchérissement du coût de la main d'œuvre que vous assumez, ne risque t-il pas dans un contexte de concurrence internationale d'affaiblir les entreprises?
Nous avons bien évidemment examiné cette objection. Pour fixer le prix de vente d'un produit, une entreprise calcule le coût de production (main d'œuvre comprise). Elle répercute aussi sur le prix la part du profit à distribuer aux actionnaires. Or, ces cinq dernières années, les distributions de dividendes des entreprises du Cac 40 ont augmenté de 71,5%. Dans le même temps, les investissements productifs ont reculé de 41,4%. Les profits réalisés par les quarante plus grosses entreprises cotées dépassent aujourd'hui les 70 milliards d'euros par an. Observons la courbe du chômage ces vingt dernières années, elle a été strictement parallèle à celle des revenus financiers. Vous voyez bien que ces profits n'ont ni servi à augmenter les salaires ni à investir dans l'outil de production. Si nous ponctionnons les profits à distribuer aux actionnaires pour les reverser aux salariés, cela ne change rien au coût final du produit. Nos entreprises ne perdront rien de leur productivité…

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A lire :
Le programme de Bové :
Charte pour une alternative au libéralisme
La
Déclaration de candidature de José Bové

Sources Marianne 2007

Posté par Adriana Evangelizt



Publié dans Le programme de José

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