Insurrection électorale

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Insurrection électorale


par Jacques Perreux

conseiller général communiste du Val-de-Marne



C’est naturellement comme militant communiste que je participe à la campagne collective avec José Bové, pour le rassemblement de toutes les forces de la gauche de la transformation sociale. Car pour battre la droite et l’extrême droite, rompre avec le libéralisme, il n’y a pas d’intérêt politique supérieur au rassemblement de toutes celles et ceux qui partagent cet objectif. Le communisme, n’est-il pas la mise en commun ? Et le Parti communiste n’a-t-il pas d’abord été inventé pour unir les prolétaires de tous les pays ?

J’ai cru, comme beaucoup, que dans les conditions d’aujourd’hui, le PCF aurait l’intelligence d’accorder la priorité à cet impératif et de favoriser une candidature commune, c’est-à-dire acceptable et acceptée par la multitude des sources et engagements antilibéraux. Alors comme beaucoup, meurtri comme jamais, j’ai refusé de capituler, de renoncer à cet immense espoir. Cela tient aussi à mon histoire, aux combats communistes qui m’ont façonné.

La Résistance nous a appris, disait Marie-Claude Vaillant-Couturier, que lorsqu’on croit une cause juste, il faut se battre pour elle, quels qu’en soient les risques.

D’évidence, ce n’est pas un petit désaccord avec le Parti dont je suis membre depuis si longtemps. Mais ce type de désaccord est déjà arrivé à d’autres, d’autres fois et sur des sujets aussi fondamentaux. Je pense au féminisme, aux atteintes aux droits de l’homme dans les pays de l’Est, à l’homosexualité et, plus récemment, à notre participation au mouvement altermondialiste, aux combats pour le droit de vote des étrangers, à la régularisation des sans-papiers, à la gestion publique de l’eau. Pour certains, cela s’est traduit par le choix de quitter le Parti et pour d’autres pas. C’est affaire intime, personnelle. Pour ma part, copropriétaire de ce Parti, de son histoire et ses combats, j’y reste, car j’ai toujours espoir. J’y reste par fraternité avec tant de camarades et pour l’efficacité et la continuité des actions innovantes en matière de solidarité sociale, d’écologie, de culture auxquelles je contribue en tant que vice-président communiste du conseil général du Val-de-Marne aux côtés de Christian Favier.

Je ne veux pas minimiser le fait que des milliers de communistes appellent à voter pour un autre candidat que celui majoritairement choisi dans leur parti. Même si certains regards ou ces mains qui ne se tendent plus pour un simple bonjour, cela fait mal, je m’interdis de dramatiser. La vie et les combats à venir auront besoin de tous. Ensemble.

Je suis donc en campagne pour que se manifeste une véritable insurrection électorale avec le bulletin Bové. Cette insurrection ne peut se faire que par la convergence d’une multitude de rébellions antilibérales, de cris, d’actes solidaires, de souffrances refusées, de projets alternatifs, multitude aujourd’hui cantonnée ou volontairement réfugiée dans une sorte d’invisibilité politique. Alors, quelles que soient les sympathies ou les réticences à l’égard des combats courageux de José Bové, ce qui est essentiel, c’est de continuer à créer cette dynamique politique originale. C’est pour cet objectif que je m’engage.

Je crois à l’unité dans l’égalité et le partage. Car, quand chacun reste dans le pré carré de ses convictions et les rigidités internes de son fonctionnement et de ses représentations, cela atrophie, risque de rendre bête et parfois même méchant. Mais surtout cela empêche que s’exprime l’extrême et profonde diversité de tous ceux qui, par exemple, ont donné un caractère antilibéral au « non » majoritaire du 29 mai 2005.

Comme l’écrit le philosophe Jacques Bidet, la critique sociale du capitalisme s’est transférée activement dans tous les pores de la société. (...) La lutte contre le capitalisme n’est pas seulement la lutte contre ses causes profondes et générales. Elle n’est rien en dehors de ces combats contre tous ses effets particuliers et divers. José Bové est un bon paradigme de cette nouvelle manière d’être.

La possibilité et l’avenir de la transformation sociale supposent le mélange, le croisement, l’échange dans lesquels chacun(e) existe à égalité et trouve une plus grande intelligence, une nouvelle dimension à son propre combat. Je ne perds rien de mon communisme - au contraire - en cherchant à le nourrir du mouvement réel qui abolit l’état de choses existant.

L’indigence du débat électoral actuel, que nos concitoyens jugent sévèrement, indique que la bataille est devant nous.

Pour battre Le Pen et Sarkozy, l’alternative au social libéralisme doit être forte. Et pour apparaître crédible pour tous ceux qui souffrent et parfois désespèrent de la politique, elle doit vivre au travers d’une candidature collective, unitaire et créative. Il ne s’agit plus seulement de dire « non », mais d’enclencher la dynamique d’un renouveau de la politique.

Sources L'Humanité

Posté par Adriana Evangelizt

Commenter cet article