Altermondialiste, je ne voterai pas José Bové

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Altermondialiste, je ne voterai pas José Bové

par Pierre Chaillan

rédacteur en chef du Patriote-Côte d’Azur (*)

Très attentif à la portée du mouvement altermondialiste, et ce, depuis son apparition dans le champ public, j’y ai vu un renouveau, sinon un nouveau départ de l’idée qu’une autre issue que celle du libéralisme est possible. La « mondialisation libérale » s’accompagne de phénomènes nouveaux : une fragmentation des sociétés, une liquéfaction totale des repères et des rapports humains.

Devant ce constat, une parade : les politiques ne doivent plus être seulement disputées à l’échelle des États-nation. Il ne s’agit pas de dégager les responsabilités des politiques nationales et locales, mais de faire surgir de nouvelles solidarités alliant le local au global, l’individu au monde...

Le mouvement altermondialiste, né de ce constat, s’est toujours refusé à adopter une dimension politique, en se positionnant sur le terrain de l’éducation populaire mais aussi de la contestation sociale, en alimentant en « expertise » citoyenne les luttes et les résistances.

Je constate aujourd’hui un grand vide : celui du débat d’idées. C’est aujourd’hui ce qui fait défaut et favorise dangereusement l’essor de nombreux communautarismes, replis identitaires et intégrismes.

C’est un défi énorme auquel sont confrontés l’humanité et le mouvement social : comment construire une ou des alternatives sans revenir à une conception mécanique, voire totalitaire du changement ?

Cela exige de faire prévaloir d’autres rapports humains, opérer des ruptures. Pas un modèle à appliquer en tout lieu et en toutes circonstances mais un projet ou des projets autoconstruits par les individus et les peuples, là où ils vivent et travaillent, s’inscrivant dans une portée globale et planétaire.

Encore faut-il que l’analyse historique soit poussée à son terme. De ce qui a fonctionné et pas uniquement de ce qui a échoué...

La grande avancée des deux siècles passés aura été celle de fédérer les opprimés de la terre avec une même raison d’agir sur un projet de société, le socialisme, et un idéal, le communisme. Cette analyse critique a été un formidable moteur de l’histoire.

Ce n’est plus le cas : le monde vit un recul sans précédent. Ce qui ne veut pas dire que le système libéral est en déclin. Sans négliger les dangers qu’il fait encourir à sa propre survie et à celle de la planète, il n’a jamais aussi bien rempli son rôle d’accumulation du capital.

Je ne suis pas en train de publier ici un billet nostalgique, mais plutôt d’essayer de comprendre une situation favorable aux options ultralibérales et de voir comment faire autrement, sans reproduire les mêmes erreurs.

Après deux décennies où les luttes sociales ont pris de la vigueur, il est temps de proposer du positif et d’unir tous ceux qui subissent et résistent. Un travail théorique à l’échelle mondiale est nécessaire, mais toute démonstration locale l’est aussi. Les élections nationales constituent un moment démocratique propice. Comment favoriser alors ce vaste chantier lors de l’élection présidentielle ?

En engageant une démarche unitaire, mais aussi et surtout citoyenne, plusieurs composantes de gauche ont cherché à déjouer le piège du présidentialisme en élaborant collectivement une série de propositions. Le processus a semblé buter sur le choix du candidat.

En réalité, ce raté est surtout le fait que les uns et les autres ne partagent pas un même projet de société, seul engagement qui détermine une volonté politique commune... Cela dépasse bien largement le fait de témoigner de résistances (comme le proposent Olivier Besancenot, les Verts et maintenant José Bové) ou encore de s’exprimer pour éviter le pire, comme la candidature de Ségolène Royal semblenous y résigner...

La candidature tardive de José Bové est une vraie-fausse porte de sortie pour tous ceux qui cherchaient du neuf. Ce n’est pas la validité des combats de José que je remets en cause, ni même la légitimité de sa candidature mais le sens aujourd’hui de celle-ci qui m’interroge.

Comment un candidat et ses supporters - même très nombreux - pourraient-ils prétendre unir tous ceux dont ils ont refusé le choix de la majorité ? C’est une question de fond. Être le candidat unitaire, c’est une responsabilité. Cela exige de proposer un projet cohérent qui soit l’oeuvre commune et de disposer des moyens de sa concrétisation. Je ne vois ni l’un ni l’autre.

Quel est alors le but recherché par José et ses soutiens, parmi eux de nombreux amis et camarades, est-ce celui de créer une nouvelle formation politique ? Il faudrait là encore une vision claire de ce que signifie une candidature altermondialiste en termes de projet de société, après une élaboration collective qui n’a pas eu lieu, en s’appuyant sur une analyse historique qui est loin d’être faite.

Je ne vois pas aujourd’hui d’espace en France sans la contribution active des communistes. Ils sont la composante majoritaire de la gauche antilibérale. Pourquoi alors ne pas mener, tous ensemble, une campagne unitaire - elle était attendue après la victoire du « non » - comme ils y étaient prêts ? Les visions antipartidaires n’ont-elles pas eu pour effet de renforcer les replis partisans ?

Amis, camarades, soyons raisonnables. La candidature la plus efficace pour « la gauche qui ne se résigne pas » est celle de Marie-George Buffet. Encore faut-il tirer tous dans le même sens plutôt que de se tirer une balle dans le pied ?

(*) Auteur de l’Altermondialisme est un communisme

(Éditions Bérénice).

Sources L'Humanité

Posté par Adriana Evangelizt

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