Bové : Il faut remettre en cause notre modèle de développement

Publié le par Adriana EVANGELIZT

L'intégralité du débat que José a eu avec les internautes sur le Monde.

José Bové : "Il faut remettre en cause

notre modèle de développement"

Chat. L'intégralité du débat avec José Bové, candidat à l'élection présidentielle, vendredi 02 février 2007


Adrien, étudiant à Tours : Ne pensez-vous pas que la multiplication des candidatures de l'extrême gauche va diviser vos électeurs et ainsi les chances de parvenir à emporter les élections ?  

José Bové : Je crois que ma candidature est une candidature qui veut être utile à la gauche pour battre Sarkozy et Le Pen. C'est une candidature qui s'inscrit dans la dynamique des collectifs unitaires et des 125 propositions qui ont été élaborés par ceux-ci.  

Vince : Vous considérez-vous comme un candidat écologiste ?  

José Bové : Je me considère comme un candidat qui ne peut pas séparer la lutte écologique de la lutte contre un modèle économique, modèle économique productiviste et libéral. La crise écologique aujourd'hui est le fruit d'un modèle de développement qui s'est accentué par la logique de la mondialisation libérale.

Marcie : Comment allez-vous donner du travail aux Français ?  

José Bové : Il y a plusieurs pistes. D'abord, il faut que le travail soit revalorisé par rapport au capital. Il y a 150 millions d'euros, dans les dix dernières années, qui sont passés du travail vers le capital, c'est-à-dire vers les actionnaires. Il faut que cet argent permette de revaloriser les bas salaires et les minimas sociaux.

Un autre type de mesure, par exemple : à cause du problème climatique et de la nécessité de la maîtrise de l'énergie, il est indispensable de réhabiliter tous les logements qui ont été construits avant 1975. Si on réhabilite 400 000 logements par an pendant quarante ans, cela permettrait de créer au moins 100 000 emplois.

Banlieue78 : Peux-tu clairement énoncer ta vision concernant le "sort" des quartiers populaires jetés dans l'anathème et la source de tous les maux de la République ? Quelle transformation sociale dans les quartiers populaires ?   

José Bové : La question des banlieues ou des quartiers populaires est une question centrale, tant au point de vue de l'emploi que du logement et du respect de toutes les personnes qui y vivent dans leurs différences, qu'elles soient culturelles ou sociales. On ne réglera pas la question par une simple réunion interministérielle. Il y a nécessité de faire avec l'ensemble des populations de ces quartiers, des élus, des véritables états généraux des banlieues.

Et au niveau du budget de l'Etat, si on veut sortir de la ghettoïsation, il faut que cela soit une priorité.  

Benjamin : N'avez-vous pas l'impression d'être obscurantiste en arrachant des plants transgéniques destinés à produire des médicaments ?   

José Bové : Aujourd'hui, la fédération des producteurs d'OGM au niveau international a pris une position très claire en disant qu'il ne fallait pas utiliser des plants en plein air pour produire des médicaments, parce que les risques de transferts de ces gènes à d'autres plantes pouvaient créer des risques pour la population qui n'est pas malade.  

Deuxième raison : il existe des méthodes beaucoup plus fiables pour produire ces molécules, en utilisant les fermenteurs en milieu confiné. C'est d'ailleurs ce que choisissent les laboratoires.  

Ganz : Serez-vous le candidat de la "décroissance" ?  

José Bové : Dans le projet que nous avons avancé, nous avons dit très clairement qu'il fallait remettre en cause le modèle de développement dans lequel nous sommes, tant au niveau de la production que de la consommation et des transports. Cette question touche à la fois l'avenir du travail et la pénibilité du travail, mais aussi l'avenir de la planète et la possibilité pour les générations futures de pouvoir vivre de manière décente.  

Il est certain que, de toutes les manières, les ressources fossiles seront épuisées d'ici une cinquantaine d'années. Il est nécessaire de mettre en œuvre les alternatives dès aujourd'hui plutôt que d'attendre un conflit lié à la pénurie.

Enrique : Je travaille dans une centrale nucléaire. Quelle est ta position sur ce thème ? Le rien nucléaire ?  

José Bové : Dans le cadre des collectifs, les positions sont divergentes entre ceux qui sont favorables à la poursuite de la politique nucléaire de la France et ceux qui prônent la sortie du nucléaire. La position que j'ai adoptée est de dire que ce débat énergétique ne peut pas être simplement réglé par des experts dans des cabinets ministériels, mais doit faire l'objet d'un débat public et d'un référendum.

Pour que ce débat puisse se dérouler de manière sereine, il est indispensable d'arrêter le chantier de l'EPR et de décréter un moratoire sur toute nouvelle construction de centrales nucléaires en France.  

Seb : Quelle est votre opinion sur l'Europe et l'avenir de la Constitution européenne ?  

José Bové : Je crois qu'il faut être clair. Les Français ont voté "non" en mai 2005. Pour nous, il est clair qu'il faut proposer un nouveau texte fondateur qui tourne radicalement le dos au tout-marché. Nous proposons que, dès la fin du processus électoral, la France s'engage à relancer un processus pour la rédaction d'un nouveau traité qui devrait prendre toute sa dimension au moment de la présidence française de l'UE en 2008.

Erick,_etudiant : Quelle est votre position par rapport à l'immigration ?  

José Bové : Sans aucune ambiguïté, je suis pour la régularisation de tous les sans-papiers. Les immigrés ne sont pas une menace. Ils sont une chance.  

Oualid : Avez-vous une idée pour régler le problème du logement ?  

José Bové : Il faut, entre autres, lancer un grand projet de construction. En même temps, on ne peut pas accepter que des logements vides puissent continuer à le rester en toute impunité. Il faut donc rendre effective la réquisition.

Flobé : Quels seraient les fondements de la VIe République ?  

José Bové : Je parlerai plutôt de Ire République. On ne peut pas se contenter d'un replâtrage de la Ve République. Il faut modifier les rapports du pouvoir et des citoyens. Il faut mettre de manière très claire un terme au cumul des mandats, limiter le renouvellement, permettre aux citoyens de pouvoir déposer des projets de loi. Il faut mettre sous contrôle les élus et rendre possible leur révocation en cas de contradiction avec leurs électeurs.  

D'autres réformes sont indispensables, comme le rééquilibrage des pouvoirs vers l'Assemblée nationale, la dissolution du Sénat, et son remplacement par une Assemblée qui prenne en compte les citoyens à travers leurs formes organisées dans la société.  

Voilà quelques projets dans le cadre d'une refonte de la Constitution.  

Nathalie : Te considères-tu comme antimilitariste ?  

José Bové : Je suis contre la militarisation de la société. Depuis plus de trente-cinq ans, je me bats contre la logique de guerre. Quand on dit que le pouvoir est au bout du fusil, c'est toujours le peuple qui est au bout du canon. 
Je pense qu'il y aura besoin de s'interroger sur la nécessité de maintenir ou non l'armement nucléaire. La France, contrairement à ses discours apaisants, relance la course à la modernisation et à l'augmentation de son arsenal nucléaire. Nouveaux missiles, nouveaux sous-marins et simulation sur les bombes atomiques au centre Laser Mégajoule en Gironde. Ceci est dangereux et contraire à un esprit de paix entre les peuples. Et contraire aux engagements internationaux de la France.  

PD : Etes-vous favorable au vote des immigrés ?

José Bové : Je suis favorable au droit de vote de toutes les personnes résidant dans notre pays, qu'elles fassent partie de la Communauté européenne ou de tout autre pays d'origine.  

A partir du moment ou on paye les impôts, les taxes, il est légitime que l'on ait le droit de choisir la façon dont l'argent est utilisé. C'est un principe élémentaire de démocratie.  

Ralph : Votre accolade avec "l'obscurantiste" Tariq Ramadan au Forum social européen en 2003 [à Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis] a fait couler beaucoup d'encre. Vous soutient-il dans cette campagne ? Surtout, êtes-vous favorable au maintien de la laïcité comme principe fondamental de notre République ?  

José Bové : Je l'ai réaffirmé hier : nous sommes pour une France laïque, démocratique, féministe, antiraciste et écologiste. Le principe de la séparation entre l'Etat et toutes les formes de religion doit être un principe fondamental qui ne mérite aucune concession.

Sur la première partie de la question, nous n'avons pas le soutien de M. Ramadan et nous ne l'avons pas sollicité.

Yo2007 : Que faudrait-il faire, selon vous, pour limiter les délocalisations d'entreprises dans des pays plus attractifs économiquement ?  

José Bové : La réponse est à plusieurs niveaux. Au niveau international et national. Aujourd'hui, il faut refuser la logique des transnationales qui se servent des salariés comme facteur d'ajustement pour préserver les intérêts des actionnaires.  

La majorité des délocalisations est uniquement le fruit de jeux financiers pour des retours sur investissements rapides.  

Il faut donc, au niveau national, prendre des mesures pour qu'une entreprise qui décide de délocaliser soit obligée de créer sur le territoire national autant d'emplois qu'elle veut en faire disparaître. A ce niveau-là, la liberté d'entreprise doit être limitée par l'intérêt général.  

Julien : Faut-il promouvoir et protéger les logiciels libres ?  

José Bové : Le combat pour la défense des logiciels libres est quelque chose d'aussi important que la défense du droit pour utiliser en tant que paysan ses propres semences. On ne peut pas accepter le pouvoir exorbitant des firmes comme Microsoft qui, à travers leur outil industriel, imposent leurs produits.  

C'est le message que j'ai donné hier soir à M. Bill Gates, que j'ai croisé dans les locaux de TF1, où j'étais interviewé. Il n'a visiblement pas apprécié mes propos.  

Mos : Peut-on connaître votre patrimoine en quelques mots ?  

José Bové : Mon patrimoine : j'ai une maison qui m'est revenue à 120 000 euros et pour laquelle j'ai emprunté 90 000 euros. J'ai, avec ma compagne, un petit bateau, qui nous a coûté 30 000 euros. Et pour me déplacer, j'ai une Clio.  

Zaza : Quelle est votre stratégie d'alliance pour les législatives ? Avec le PS, le PC, la LCR ?  

José Bové : Dans le cadre des collectifs unitaires, nous envisageons de présenter des candidats dans un maximum de circonscriptions. Nous verrons si une dynamique unitaire, comme nous la souhaitons toujours, y compris pour les présidentielles, pourra se développer aux législatives.  

Yann._R : Etes-vous pour ou contre le mariage homosexuel ?  

José Bové : Je suis favorable au mariage homosexuel. Il n'y a pas de raison de faire de ségrégation en amour...  

Ketq : Seriez-vous pour une dépénalisation de la culture personnelle du cannabis pour les majeurs ?  

José Bové : On est dans une situation tout à fait hypocrite dans ce pays. On sait qu'une grande majorité de jeunes adultes fument du cannabis et qu'ils sont nombreux à en faire pousser pour leur propre consommation. Il est donc ridicule de criminaliser une pratique qui, aujourd'hui, ne s'inscrit pas dans une logique qui soit contraire au bon fonctionnement de la société.  

Miguel : Quel est l'objectif en pourcentage que vous vous donnez au premier tour ?  

José Bové : Pour moi, ce qui est important, c'est qu'on fasse le pourcentage le plus élevé possible. Je ne me présente pas dans l'objectif de me satisfaire d'un sondage le plus limité possible. Ce qui est important, c'est que les thèmes que nous portons soient présents de toutes les manières dans le débat et qu'il puisse ensuite se concrétiser après les présidentielles et les législatives.  

Merci aux internautes qui ont bien voulu me poser des questions et en espérant que mes réponses ont permis de les éclairer un peu plus. 

Chat modéré par Constance Baudry et Sylvia Zappi

Sources Le Monde

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Présidentielle

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article