Bové y va, le jeu se complique à gauche

Publié le par Adriana EVANGELIZT

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Bové y va, le jeu se complique à gauche

Par Pascal VIROT
L'entrée du leader paysan dans la course à l'Elysée, aujourd'hui, attise la concurrence dans le camp antilibéral et peut gêner Royal.
Attention, turbulences en vue. Qu'elle soit radicale ou gouvernementale, la gauche risque de pâtir de l'entrée en lice de José Bové dans le tournoi élyséen. Car le troisième «B» de la gauche de la gauche (avec Marie-George Buffet et Olivier Besancenot) pourrait faire autant de mal à Ségolène Royal qu'à Dominique Voynet et à ses deux concurrents antilibéraux. Le paysan altermondialiste annoncera sa candidature à la présidentielle ce matin à Saint-Denis. Et déstabilisera un peu plus encore une gauche qui, tous candidats confondus, peine à dépasser les 40 % des voix au premier tour, selon les sondages d'intentions de vote de plusieurs instituts.
L'ancien porte-parole de la Confédération paysanne invoque sa rectitude. Selon son entourage, il entend «être utile à la gauche pour battre Sarkozy et Le Pen» tout en incarnant l' «espoir d'une vraie alternative à gauche». Au PS, la ligne quasi officielle est de ne pas se préoccuper de cette affaire. Comme l'écrivait mardi Jean-Christophe Cambadélis (1), «nous ne voulons pas nous en mêler, mais nous refusons de nous en défier». Car la candidature Bové peut être une chance pour Royal, en ce sens qu'elle peut ramener «au combat contre la droite au pouvoir des gens qui s'enfermaient dans le dépit», souligne l'ancien mécanicien de la gauche plurielle. Et, comme dit un socialiste, «c'est tout bénef pour le second tour». Le syndicaliste est en effet moins ambigu que Besancenot sur le second tour : «Il n'est pas d'accord sur tout avec le PS, jamais nous ne nous allierons avec lui, mais il appellera au désistement sans ambiguïté», souligne l'entourage du paysan du Larzac.
Mais cette candidature recèle aussi un «danger». Si, explique un responsable du PS, la dynamique prend, Bové risque de se substituer à l'allié traditionnel des socialistes, le PCF, et dans une moindre mesure aux Verts. Face aux péripéties de la candidature antilibérale, François Hollande a d'ailleurs répété qu'il préférait Buffet aux autres. Un socialiste met néanmoins en garde : «Ne choisissons pas nos antilibéraux.» La direction du PS redoute donc un effet «surenchère» entre les petits candidats... et une déperdition à l'arrivée. Bové se rêve au contraire comme un fédérateur de cette gauche-là : «Il peut aller chercher des voix qui ne se porteront pas sur le candidat d'un parti», expliquent ses proches.
Les socialistes, comme les autres, ne craignent pas pour l'heure un maelström Bové. Il n'est crédité que de 2 à 3 % des intentions de vote dans les sondages. Le directeur des études politiques de LH2, François Miquet-Marty, juge «normale cette démonétisation quand on passe de la société civile à la sphère politique». Qui plus est, à la gauche du PS, il est confronté à des concurrents qui ont «une légitimité forte». 
Des concurrents-adversaires en l'occurrence, forts soucieux. Si le Vert Yves Cochet dénonçait mardi dans le Parisien le risque d' «émiettement de la gauche», Marie-George Buffet stigmatisait, elle, dès lundi, une «candidature de trop, pas très responsable et pas très sérieuse».  «Elle rajoute de la confusion à la division», analyse le porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles. Il souligne que les soutiens de Bové ­ certains du moins ­ conditionnent sa candidature au retrait de celles de Buffet et Besancenot. Soutiens qui, d'Yves Salesse (Fondation Copernic) au syndicaliste Claude Debons en passant par Patrick Braouezec et Pierre Zarka (PCF), Francine Bavay (Verts) ou Christian Picquet (LCR), ratissent large. Mais certains se méfient du côté «pas collectif» de Bové : «Il est entouré de fous furieux, explique un de ses alliés. Cela ne va pas être simple.» Comme toute aventure électorale.
(1) cambadelis.over-blog.net
Sources Libération

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Présidentielle

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