José Bové revient dans la course de l'Elysée

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Un article paru sur République des Lettres...

Présidentielles 2007 : José Bové revient dans la course à l'Elysée

 

Sauf improbable retournement José Bové sera candidat à l'élection présidentielle de 2007 pour défendre le projet d'une gauche antilibérale et altermondialiste. "Si vous avez envie d'y aller, moi aussi j'ai envie d'y aller, on a envie d'y aller ensemble", a-t-il lancé aux quelque 600 membres de 300 collectifs unitaires anti-libéraux réunis à Montreuil les 20 et 21 janvier. L'annonce officielle ne sera faite que le 1er février, après avoir mesuré les réactions et vérifié que la dynamique qui l'a amené à revenir dans la course à l'Elysée est suffisamment forte, mais il a d'ores et déjà demandé aux militants de partir à la pêche aux 500 parrainages d'élus nécessaires à sa candidature. "On est déjà en train de construire cette campagne" et "si 500 ou 1.000 maires promettent leur signature, ce sera un signe [qu'elle] est portée sur tout le territoire", leur a-t-il confié. Si tout va bien, de nouvelles réunions hebdomadaires internes ainsi que des meeting publics seront donc programmés dans les semaines à venir et un porte-parole "représentant toutes les sensibilités du rassemblement" sera désigné. S'il ne sent pas un réel mouvement en sa faveur dans le pays, il laisse entendre qu'il abandonnera avant le premier tour du scrutin, ce qui devrait soulager un peu les partisans de Ségolène Royal.


Côté programme, José Bové se calera sur les 125 propositions élaborées à l'automne dernier par les collectifs, portant notamment sur les questions de sécurité de l'emploi, de lutte contre la flexibilité et de garantie des minima sociaux.


En juin 2006, José Bové avait déjà proposé une première fois sa candidature devant le Collectif National d'Initiative pour un Rassemblement Anti-libéral de Gauche, créé en 2005 dans la foulée de la victoire du Non au référendum sur le traité constitutionnel européen et regroupant sur tout le territoire plusieurs centaines de collectifs d'initiatives unitaires. Mais il s'était retiré du jeu en novembre, accusant le PCF et la LCR de casser la dynamique unitaire en présentant leurs candidats Marie-George Buffet et Olivier Besancenot. Son retrait et l'impossibilité de s'accorder sur le nom de Marie-George Buffet -- finalement désignée par 60% des collectifs locaux mais à l'issue d'un vote contesté pour cause de noyautage des militants communistes -- avait provoqué l'éclatement du rassemblement anti-libéral. Depuis, une pétition pour le retour de José Bové a recueilli en deux semaines environ 25.000 signatures.


Les partisans de l'ancien syndicaliste paysan, dont plusieurs leaders souhaitant ardemment l'unité comme Patrick Braouezec (PCF), Francine Bavay (Verts) ou Clémentine Autain (apparentée PCF) entre autres ont confirmé leur ralliement à José Bové et re-demandé au PCF et à LCR de "renoncer à des candidatures séparées". Plusieurs autres responsables de la mouvance tels que Yves Salesse (Fondation Copernic), Christian Picquet (LCR), Claude Debons (CGT) et diverses associations membres du Collectif (MARS, Alter-ekolo, Gauche républicaine, Cactus..) ne s'opposent pas radicalement à ce consensus fragile en faveur de José Bové mais restent néanmoins sceptiques quant aux chances d'une réelle unité du mouvement et émettent des réserves sur l'organisation de l'éventuelle campagne à venir. Le PCF a quant lui estimé que cette nouvelle candidature ne ferait qu'ajouter "de la division et de la confusion" et Olivier Besancenot avait auparavant déjà répondu qu'il ne se désisterait pas en faveur du militant altermondialiste.


Outre José Bové, Marie-George Buffet et Olivier Besancenot, deux autres candidats de la gauche de la Gauche se présentent également à l'élection présidentielle: Arlette Laguiller (Lutte ouvrière) et Gérard Schivardi (Parti des travailleurs).


A noter que José Bové, qui a déjà dû effectuer plusieurs mois de cachot pour ses actions anti-OGM et qui reste encore sous le coup d'une condamnation à quatre mois de prison ferme pour un arrachage de maïs transgénique en 2004, pourrait devoir assurer sa campagne à partir d'une cellule. Les juges de la Cour de Cassation doivent en effet rendre leur décision le 7 février prochain, confirmant ou non sa condamnation. Si le candidat à la magistrature suprême est définitivement condamné et qu'aucun aménagement de peine n'a lieu, la situation, inédite à ce jour en France, risque de devenir assez cocasse. "Le fait de m'incarcérer n'empêchera pas ma parole (..) et "ça réglera le problème du QG de campagne", a-t-il ironisé.


José Bové (pour l'Etat civil son prénom est Joseph), est né à Talence (Gironde) le 11 juin 1953, d'un père directeur de l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) et d'une mère professeur de sciences naturelles. Il obtient son bac avec mention, malgré son renvoi du Lycée en 1968, avant d'entamer des études à l'Université de Toulouse, envisageant un temps de devenir prof de philosophie. Pacifiste et Antimilitariste, il milite dans les mouvements contestataires non-violents du début des années '70, voyage en Inde et fréquente la Communauté de Lanza del Vasto. Réfractaire à l'Armée, il refuse d'effectuer son service militaire et prend part en 1973 à la lutte contre l'extension du camp militaire du Larzac. En 1976 il s'installe avec sa femme (Alice Monier, qu'il a rencontré à la fac en 1971) et sa fille, dans une ferme abandonnée du plateau du Larzac, sur le hameau de Montredon, où il élève des moutons. Il s'engage activement dans les luttes paysannes et antimilitaristes jusqu'à la victoire de la gauche en 1981 et l'annonce par François Mitterrand de l'abandon du projet militaire sur le Larzac. Il continue à militer pour une agriculture et une politique agricole différentes, créant fin 1981 le Syndicat des Paysans-Travailleurs de l'Aveyron puis participant à la fondation, en 1987, du syndicat agricole La Confédération paysanne dont il deviendra le porte-parole. Le paysan anarcho-syndicaliste multipliera ensuite les actions de désobéissance civile, notamment contre la malbouffe et les OGM. Il sera également présent dans le monde entier à toutes les grandes réunions et manifestations alter-mondialistes qu'il contribuera à médiatiser. Héraut de la lutte contre la mondialisation néolibérale, José Bové est l'un des membres fondateurs d'ATTAC en 1998. En août 1999, il est arrêté après le démontage d'un McDo à Millau (Aveyron) avant d'être condamné en septembre 2000 à trois mois de prison ferme. Il fera également l'objet dans les années suivantes et jusqu'à aujourd'hui encore de multiples autres condamnations, y compris de prison ferme, en particulier pour ses participations à des actions de fauchage de champs de colza ou de maïs génétiquement modifié. Sympathisant pro-palestinien, il a été arrêté par l'armée israélienne, emprisonné puis expulsé d'Israël lors d'une manifestion, avant d'être violemment agressé en France par des extrêmistes de la communauté juive qui lui reprochent d'avoir déclaré qu'Israël était comme les Etats-Unis "une sentinelle avancée du libéralisme sauvage".


Parmi les principaux ouvrages publiés par José Bové, signalons entre autres La Révolte d'un paysan (éditions Golias, 2000), Retour de Palestine (éditions Mille et Une Nuits, 2002), Le Monde n'est pas une marchandise (éditions La Découverte, 2004), et Pour la désobéissance civique (éditions La Découverte, 2004).

Sources   :  République des Lettres

Posté par Adriana Evangelizt

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