Libouban, la vie d'un faucheur

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Libouban, la non-violence dans les gènes

par Matthieu ECOIFFIER


Militant de toujours, c'est lui qui a lancé le mouvement des faucheurs. Il comparaît à Riom.

Barbe blanche, regard posé, calme olympien. Jean-Baptiste Libouban, 70 ans, sera sur le banc des prévenus aujourd'hui à Riom et le 20 septembre à Toulouse. Aux côtés des autres «faucheurs volontaires d'OGM» poursuivis par la justice, comme Gilles Lemaire, ex-secrétaire national des Verts, ou José Bové, ce retraité aux allures de vieux sage passerait presque inaperçu. C'est pourtant lui l'insoumis à l'origine de cette nouvelle forme de désobéissance civile : «Je ne suis pas un homme politique connu, par contre je suis grand-père et j'ai le soutien de mes petits-enfants. Ils m'ont dit : même si tu vas en prison on sera fier de toi.» Libouban a la détermination tranquille des non-violents. En juin 2003, il va voir José Bové, son vieux «compagnon d'armes du Larzac», à la maison d'arrêt où le leader paysan purge quarante-deux jours pour destruction d'OGM : «Et si on s'y mettait tous au lieu que seuls quelques paysans trinquent ? C'était culotté, je lui proposais de remettre ça.» Bové est OK. Quelques jours après, le collectif de faucheurs s'autoconstitue au rassemblement altermondialiste du Larzac. Armé d'un micro, Libouban intervient dans les forums pour susciter des vocations. «Aujourd'hui, on est 5 100 faucheurs malgré la répression.» Se retrouver à la barre, et peut-être en prison, est «cohérent avec ces choix de vie au quotidien», raconte Bové.

Libouban a «quarante ans d'engagement dans la non-violence» derrière lui. Avec pour base de départ la communauté de l'Arche. Né à Paris, d'une «bonne petite famille bourgeoise bretonne», il fait des études de commerce à Strasbourg lorsqu'il assiste à une conférence de Lanza del Vasto, le fondateur ce mouvement qui prêche la non-violence. «Il avait rencontré Gandhi dans les années 40 et était contre la torture en Algérie en 56 !» Le jeune homme est conquis. A 22 ans il rejoint la communauté, alors installée à Bollène, dans le Vaucluse. Avant d'être rattrapé par le service militaire. «Infirmier sans arme», il refuse son affectation chez les paras «déshonorés par la torture». Après un mois et demi au trou, il est envoyé en Algérie «sous escorte et en cellule» dans le bateau. Il atterrit finalement chez les zouaves pour vingt-sept mois de service infirmier. «J'ai toujours dit ce que pensais, correctement mais fermement.»

De retour à l'Arche, Libouban est prié d'aller faire un tour ailleurs. «J'étais trop critique et embêtant comme un boisseau de puces.» Il repart en Algérie, où il travaille dans un hôpital, puis comme prof. Il se marie là-bas et, en 1963, réintègre la communauté. «Cette fois, ça a marché grâce à [sa] femme», qui rejoint le mouvement. Le voilà instituteur d'une classe unique «avec texte libre et cahier autocorrectif pour le calcul», puis affecté à l'atelier de menuiserie. «Des temps très heureux. Avec Del Vasto, sous le couvert de retraites spirituelles on allait parler de non-violence dans l'Espagne de Franco.» En 1958, il force l'usine de plutonium de Marcoule pour dénoncer la fabrication de la première bombe atomique française. «Au début des années 70, on a initié à la non-violence les paysans du Larzac qui luttaient contre l'extension du camp militaire.» C'est là qu'il subit son «baptême à la lacrymo», avec Bové. L'Arche s'engage aussi aux côtés des Kanaks en Nouvelle-Calédonie. Depuis ? «J'ai jeûné contre les deux guerres du Golfe et, à New York, pour que le Conseil de sécurité n'avalise pas l'intervention en Irak, ma dernière action avant les faucheurs.»

Sources : Libération

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