Comment les sénateurs ont débattu des OGM

Publié le par Adriana EVANGELIZT

OGM,  au Sénat le degré zéro de la politique

par Philippe Ladame

Christian Velot, chercheur et enseignant en biologie moléculaire à l’Université Paris-sud, a assisté au débat OGM au Sénat. Il n’aurait pas dû.

Christian Vélot, dont nous avions évoqué l’action dans un article d’octobre 2004, est un chercheur engagé dans le débat sur les OGM, dans lequel il cherche à mettre un peu de raison, notamment en faisant la part de ce qui est travaux de génie génétique en espaces confinés, porteurs d’espoir, et modèle agricole globalisant et mortifère.

Il a assisté aux débats que les sénateurs ont tenus cette semaine au sujet du projet de loi du gouvernement.

Nous vous invitons à lire son témoignage dont voici quelques passages :

[...] Premier coup derrière les oreilles : le nombre de sièges vides. Sur 331 sénateurs, seulement 49 étaient présents en ouverture de séance, et il n’en restait plus que 35 après une demi-heure ! Je me dis alors qu’il doit au moins y avoir tous ceux qui sont (ou qui prétendent être) concernés par le sujet, et notamment qui sont censés défendre nos positions. On a bien cherché (c’était facile, ils n’étaient pas nombreux) : pas de Dominique Voynet [1] , qui était pourtant venue le matin même faire de belles déclarations lors de la conférence de Presse ! Aucune présence non plus de Jean-Luc Mélenchon, proche de José Bové depuis la campagne contre le TCE, et pour lequel il est sans doute moins payant de venir faire son boulot au Sénat que se pavaner debout sur un banc du trottoir du boulevard Arago pour être certain de bien être remarqué pendant le passage de la manif anti-CPE de samedi dernier. [...]

Au delà de cet absentéisme pitoyable, reste le déroulement des « débats » : a pleurer (ou hurler mais on ne pouvait pas) ! Un brouhaha incroyable ! Personne ou presque n’écoute l’intervenant qui fait (ou plutôt qui lit) son discours. Chacun parle dans son coin avec ses voisins ou y va de ses petites activités personnelles. J’ai dix fois moins de bruit dans un amphithéâtre de 200 étudiants d’une moyenne d’âge de 20 ans, et sans que j’ai besoin d’exercer la moindre autorité. L’intervenant pourrait s’adresser à la porte de ses chiottes, ça ferait le même effet.

Du balcon où nous étions situés, nous avions une vue plongeante sur les pupitres des sénateurs du groupe UMP. Pas un seul n’avait le projet de loi sous les yeux ! Raffarin et ses potes ont passé leur temps de présence (environ 30 minutes) à causer entre eux et se marrer, certains tournant carrément le dos à l’intervenant. [...] Et le plus drôle (enfin, façon de parler), c’est qu’à la fin d’une intervention, et uniquement s’il s’agissait bien sûr d’un intervenant de leur groupe, ils applausissaient comme des automates.

En ce qui concerne les interventions elle-mêmes, les âneries de ceux qui défendaient le texte étaient à la hauteur de leur méconnaissance du dossier. Quand à ceux qui étaient censées intervenir dans notres sens, il est clair que je ne les choisirais pas comme avocats, à moins que je ne souhaite être assuré de faire de la prison à vie : mous du genoux sur le fond, monocordes et sans aucune conviction sur la forme. Eux non plus n’avaient probablement pas lu le projet de loi, ...à moins qu’ils n’aient tout simplement pas vraiment envie de s’y opposer.

Bref, à pleurer vous dis-je ...

Peut-être suis-je trop naïf, ou peut-être ai-je tendance à prendre les choses trop à coeur ? Je ne sais pas. Toujours est-il que n’y tenant plus, au bout d’une heure j’ai décidé de partir, l’âme en peine, avec le profond sentiment d’avoir été brusquement téléporté plus de deux siècles en arrière, et de savoir de moins en moins ce que signifie « démocratie ».

Terrible témoignage, qui doit faire réfléchir. Peut-être convient-il toutefois de le nuancer, car la lecture du compte-rendu intégral des débats donne quand même une un peu moins piètre idée du travail des élus. Il est possible que Christian Vélot ait assisté au pire moment de ce "débat", l’échange convenu de généralités mal maîtrisées, du début de séance. Les discussions qui ont suivi, telles que retranscrites du moins, ont quand même été de meilleure tenue.

Il n’empêche ! Ce n’est pas ainsi que la politique regagnera la crédibilité indispensable à la démocratie.

[1] Précision de Citron-Vert : Dominique Voynet explique dans son blog qu’elle était présente au sénat, ce jour-là et ce qu’elle y faisait.

Sources : Citron Vert

Posté par Adriana Evangelizt

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