L'exploitation des paysans africains

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Même si l'on n'entend pas trop parler de José Bové en ce moment, c'est quelqu'un de très actif qui poursuit inlassablement sa lutte pour l'agriculture saine et son combat pour un monde plus juste. Il était dernièrement au Cameroun pour défendre les paysans. Comme tout le monde le sait, les pauples du continent africain connaissent une grande misère qui arrangent bien les agro-industriels occidentaux et même européens, n'ayons pas peur des mots. Ainsi, voyez un peu le vice, on les oblige à consommer des poulets congelés importés d'Union européenne pour la plupart. Les exportateurs de ces poulets touchent 90 millions d'euros de subventions dont 80 pour cent vont au seul producteur. Ne serait-il pas plus louable d'allouer ces sommes, par exemple, aux africains pour qu'ils produisent eux-mêmes l'élevage des gallinacées. On voit bien là des méthodes qui n'ont qu'un seul but : faire dépendre les pays pauvres des pays riches et bien sûr s'enrichir sur leur dos en les obligeant à acheter ailleurs. Est-ce vouloir le bien-être des peuples ? Et est-il normal d'être obligé d'accepter ces pratiques basées sur le profit et l'exploitation des plus pauvres ? Il est certain que l'on ne bâtira pas un monde meilleur avec ce genre de procédé et qu'il faudra un jour ou l'autre y mettre un terme. Comme le répète un de mes amis, ce n'est pas en vendant des pommes de terre aux africains qu'on les sauvera de la famine mais en leur apprenant à les cultiver.

José Bové : "L'agriculture est au centre du combat pour la vie"

Propos recueillis par Essama Essomba

A bâtons rompus avec José Bové, syndicaliste agricole français et figure emblématique du mouvement alter-mondialiste.

Quel est le sens de votre présence actuelle, la première, au Cameroun ?

Je suis venu au Cameroun à l'invitation des organisations paysannes et de consommateurs pour défendre le droit à la souveraineté alimentaire, c'est-à-dire, le droit des peuples à se nourrir à partir de leur propre agriculture. Celui-ci s'intègre dans le droit à l'alimentation qui est reconnu par les Nations-Unies. Simplement, aujourd'hui, il faut qu'on aille encore beaucoup plus loin pour pouvoir permettre au peuple de résister à la logique du marché international. Ce dernier est en train de détruire toute l'agriculture et les capacités des paysans de vivre de leur travail. Nous sommes solidaires des paysans camerounais. Nous sommes ici pour faire valoir ce droit des paysans et pas du tout pour faire le jeu des multinationales qui elles, gagnent énormément d'argent en faisant circuler leurs produits d'un continent à un autre, grâce notamment aux subventions. Car il faut savoir que le poulet qui est exporté en Afrique aujourd'hui bénéficie de 90 millions d'euros, près de 60 milliards FCFA de subvention à l'exportation de la communauté européenne. 80% de ces 90 millions d'euros vont dans les poches d'un seul producteur de poulet. Cette multinationale française contrôle le marché. Et c'est elle qui, en touchant les subventions, détruit la capacité de production d'une majorité d'éleveurs de volaille au Cameroun et dans beaucoup d'autres pays africains. Donc, le combat mené ici pour la production locale est un combat légitime des producteurs locaux qui veulent vivre de leur travail.

Que dites-vous à ces organisations qui vous ont invité ?

Mon message est le suivant : il n'y a pas de pays sans paysans. Et 67% d'habitants du Cameroun sont des paysans. Donc, l'avenir du Cameroun passe par les paysans. C'est la même réalité dans tous les pays de la planète. Un pays qui détruit ses paysans, qui les chasse de la terre, perd ses racines et perd son identité. On ne détruit pas ses racines. Aujourd'hui, c'est l'agriculture qui est au centre du combat pour la vie. Il faut être capable de nourrir sa propre population. Et ça, c'est la responsabilité des gouvernements. A eux de mettre en place les règles pour développer l'agriculture, l'encadrer, lui donner les moyens pour répondre aux besoins quotidiens des habitants.

En dehors des organisations paysannes et de consommateurs, avez-vous eu des contacts avec les responsables des ministères concernés par le problème de la production locale et de l'importation du poulet et quelle analyse faites-vous de la situation locale ?

Je ne suis pas là depuis longtemps. Mais, le débat que j'ai eu ce matin avec le représentant du ministère de l'Elevage, des Pêches, et des Industries animales montre qu'aujourd'hui, il y a une situation intéressante dans ce pays. Car en deux ans, on assiste à une diminution très forte des importations de poulet grâce à la mobilisation et au dynamisme des producteurs qui ont augmenté de plus de 60% leurs capacités. Cela montre que si on met les paysans (locaux) et les consommateurs ensemble, on est capable d'inverser le processus. A mon avis, ce qui me paraît important, c'est que la balle est dans le camp du gouvernement. C'est à lui de mettre en place un programme de développement de l'agriculture. Une agriculture qui a pour fonction première de nourrir les habitants du Cameroun. Cette mobilisation doit permettre aussi de dire ceci au gouvernement : qu'est-ce que vous allez mettre comme moyens pour développer l'agriculture et pour permettre à la majorité de la population qui est paysanne (67% de la population), de vivre décemment de son travail ?

Vous êtes contre les OGM (organismes génétiquement modifiés). Mais, des gouvernements africains et même le NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique) y voient une solution pour lutter contre la faim sur le continent. Comment expliquez-vous votre position ?

Je pense que les OGM ne sont évidemment pas une solution pour l'Afrique, pas plus que pour l'Europe. Le but des firmes qui les ont mis en place n'est pas d'augmenter la production, donc, pas de gain de productivité. Ce sont les firmes productrices qui gagnent. Car, à partir du moment où un paysan a mis les semences OGM dans son champ, il est obligé de racheter tous les ans des semences aux firmes. Celles-ci ont mis des brevets sur les semences. Si un paysan garde une partie de la récolte pour semer l'année suivante, il est obligé de payer des royalties aux firmes.

Aujourd'hui, il n'y a aucun gain ni dans le maïs, ni dans le soja. C'est la même situation avec le coton, dont on nous a dit qu'il aurait moins besoin de pesticides. On s'aperçoit, plusieurs années après, qu'il faut toujours davantage de pesticides. En Inde par exemple, où on a commencé à utiliser les OGM, les résultats sont catastrophiques. Les mêmes qui vendent les pesticides sont les mêmes qui vendent les semences et multiplient leurs gains. C'est une main-mise sur les paysans qui permet de contrôler tout le marché.

Existe-t-il des perspectives de solutions à ce problème ?

Aujourd'hui, la majorité de pays n'utilise pas les OGM. Ceux-ci couvrent moins de 1% des terres arables. La réalité est que les OGM ne se sont pas développés comme l'espéraient les multinationales. Les gens n'en veulent pas. Si on demande aux citoyens de choisir par vote démocratique s'ils veulent ou non des OGM, ils disent non. Les Suisses par exemple se sont exprimés il y a un mois par référendum. Ils ont rejeté les OGM à 57%. Cela prend de l'ampleur dans le monde. La question de la faim n'est pas liée à la faiblesse de la capacité à produire. La famine est liée à des facteurs tels que les guerres, les déséquilibres du commerce international, etc. Ces facteurs détruisent les capacités de production des paysans chez eux. Et c'est contre cela que nous nous battons.

A propos du commerce international, quelle analyse faites-vous des conclusions de la récente réunion de l'OMC (Organisation mondiale du commerce) à Hong Kong ?

Très sérieusement, je pense que la réunion de l'OMC n'a rien apporté aux pays africains.

Avez-vous suivi l'annonce du principe de la suppression future des subventions sur le coton ?

Il n'y a pas eu grand' chose. Sur les questions d'accès au marché, on s'aperçoit que rien n'a avancé. Sur les subventions aux exportations, uniquement une partie des subventions de l'Union européenne a été prise en compte pour être démantelée en 2013. De toutes façons, des batailles seront menées en 2006 puisque les discussions sur les questions agricoles se dérouleront pendant toute l'année et notamment à Genève avant juin. Tant que les pays ne se battront pas pour leur droit à la souveraineté alimentaire, et définir leur propre agriculture en dehors de la logique de l'exportation, il n'y aura aucune chance pour les paysans africains.

Sources : All Africa com

Posté par Adriana Evangelizt

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Martien 12/02/2006 11:13

Et c'est bien sûr, à cause de cela que José dérange. Il sait très bien pourquoi plus de la moitié du globe crève de faim et à qui ça profite au détriment de la planète, faut-il rajouter. Tant que les citoyens ordinaires n'auront pas compris l'engrenage dans lequel nous sommes en train de crever à petits feux et tant que les peuples du monde entier ne refuseront pas ces lois inéquitables, nous sommes voués à disparaître.