Le Non à la Constitution

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Tribune de José Bové dans le Monde

José Bové, ancien porte-parole de la Confédération Paysanne, est un des premiers signataires de l’Appel des 200.

POINT DE VUE

Pour moi, c’est "non"

 par José Bové

LE MONDE | 27.11.04

Est-il sérieux d’élaborer une Constitution de quelque 500 articles, mêlant valeurs de société, organisation des pouvoirs et politiques sectorielles ? Le débat sur le projet de Constitution européenne est trop important pour l’enfermer dans les logiques partisanes. Le Parti socialiste et les Verts adopteront définitivement leur position dans les jours qui viennent.

Mais on voit déjà que les stratégies électorales, les logiques d’alliances et les ambitions personnelles brouillent la discussion.

Au point que, dans les deux cas, les enjeux de la décision n’auront pas forcément grand-chose à voir avec la question simple qui est posée : doit-on dire "oui" ou "non" au texte adopté par les chefs d’Etat et de gouvernement le 18 juin dernier ?

Pour moi, c’est "non" ! A l’écart des arguments propres aux machines partidaires et électives, je veux expliquer simplement pourquoi, en tant que citoyen, d’une part, et syndicaliste, d’autre part, ce texte est dangereux et inacceptable.

Je suis européen en ce sens que je me bats pour la construction d’une véritable citoyenneté européenne. L’un ne va pas sans l’autre. Or je constate et regrette avant tout que l’objet même du débat qui se conclura par un référendum dans plusieurs pays d’Europe soit un document à la fois illisible et incompréhensible pour les électeurs. Est-il sérieux d’élaborer une Constitution de quelque 500 articles, mêlant valeurs de société, organisation des pouvoirs et politiques sectorielles ?

Est-il responsable de proposer à ratification un tel projet, complexe et confus, quand on sait que le scepticisme européen ou le repli nationaliste sont les principales menaces qui pèsent sur notre avenir démocratique ?

La citoyenneté européenne mérite mieux. Elle suppose que chacun puisse s’approprier, discuter et voter un texte fondateur pour un espace politique européen. Or le traité constitutionnel, en l’état, n’a rien à voir avec la raison d’être d’une véritable Constitution, qui doit fixer, en des termes simples et entendus par tous, les règles et les conditions permettant aux citoyens de vivre ensemble. Au contraire, il prétend, en les intégrant, sacraliser des politiques européennes induites par une vision libérale de l’économie et atlantiste de la défense.

De ce fait, le projet a pour conséquence concrète, s’il était adopté, de priver les citoyens d’exercer leur droit légitime à choisir un modèle économique, social et écologique. Parce que, une fois la Constitution votée, les électeurs ne pourraient plus choisir qu’entre le tout-marché et... le tout-marché, ce texte est fondamentalement dangereux pour la démocratie.

On voudrait accroître le taux d’indifférence des citoyens à l’égard de l’Europe que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

Les partisans du "oui" agitent volontiers le hochet du droit de pétition qui figurerait dans le traité. En réalité, il s’agit de la simple reconnaissance donnée à un million de signataires européens d’"inviter" la Commission européenne à soumettre une proposition. Mais cette dernière n’est en rien obligée par la pétition. Les citoyens n’ont toujours aucun pouvoir.

En tant que syndicaliste, je ne peux non plus souscrire à un projet inacceptable en l’état. La Charte des droits fondamentaux, présentée comme le symbole des avancées positives du texte, ignore l’essentiel des droits sociaux et syndicaux.

Un seul exemple : si le principe de sécurité sociale est admis, la Constitution ne parle que de "protection sociale adéquate", ce qui ne veut rien dire et exclut d’entrée toute harmonisation par le haut pour les salariés les moins bien protégés d’Europe.

Il y a plus grave. En matière de concurrence et de "libéralisation" des marchés, le projet de texte s’inscrit dans le droit-fil de la pensée de l’Organisation mondiale du commerce.

Plus particulièrement, il s’inspire de l’idéologie qui sous-tend le fameux Accord général sur le commerce et les services (AGCS), pierre angulaire du démantèlement des services publics en Europe. La déréglementation deviendra ainsi la règle, comme le propose d’ailleurs un tout récent rapport remis à Nicolas Sarkozy et concernant notamment les professions qui bénéficient d’un numerus clausus.

Les partisans du "oui" invoquent souvent le ralliement de la Confédération européenne des syndicats au texte. Il faut cependant savoir que cette instance ne représente qu’elle-même et que, dans tous les pays d’Europe, les organisations syndicales prennent des positions beaucoup plus prudentes, quand elles ne sont pas hostiles.

Pour sa part, la Confédération paysanne s’est clairement inscrite en opposition à un projet qui ne fait qu’entériner une vision agricole productiviste vieille de quarante ans, et dont les conséquences sont connues : disparition des exploitations, menaces sur la qualité alimentaire, dégradation de l’environnement.

Plus de pouvoir aux citoyens, moins de pouvoir au marché : tel est le credo de tous ceux qui sont engagés aujourd’hui dans le combat pour "une autre Europe".

En donnant valeur constitutionnelle à un texte qui s’inscrit dans une démarche diamétralement opposée, les femmes et les hommes de gauche ne feraient pas que renoncer à ce combat. Ils contribueraient aussi à figer dans le marbre une vision purement mercantile de la société, et donc à vider la politique de son sens.

Pour ma part, je souhaite que puisse se réaliser le front de gauche le plus large possible en faveur du "non", de l’extrême gauche à la majorité de Parti socialiste, en y incluant toutes les forces sociales et associatives en mouvement pour un monde plus juste.

Personne n’a le monopole du "non". Chacun a la responsabilité de son succès.

José Bové est membre de la Confédération paysanne

Sources : Appel des 200

Posté par Adriana Evangelizt

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F Soussmassa 14/12/2008 13:14

Message à l'attention de J BovéSalut José!!!J'apprécie beaucoup vos combats et c'est la raison pour laquelle j'ai voté pour vous aux dernières présidentielles.J'ai été subjugué par les récentes déclarations de N Sarkosy au sujet de la crise  dénonçant la déreglementation et les méfaits du capitalisme ultralibéral.Je pense que la vidéo mériterait de figurer sur votre site (il dit tellement de choses et leur contraire qu'il finit par dire des choses vraies)je n'ai malheureusement pas pu  retrouver cette vidéo sur le net car çà vaut le coup.Peut etre pourriez vous proposer à N S de figurer sur vos listes aux prochaines élections lorsque l'on y constate à quel point il est d'accord avec vous sur la nécécité de définir les nouvelles regles de l' économie mondiale!!!C'est pas ce que défendent les altermondialistes?Alors N S ne serait il pas un altermondialiste qui se cache?Pour une fois qu'il est d'accord avec vous ne serait il pas de bon ton de le souligner?Au sujet de votre engagement Européen il me semble qu'il y a une petite contradiction entre dénoncer cette Europe du capitalisme ultralibéral et y participer.Peut etre avez vous une explication?Alors si vous avez un peu de temps pour répondre à ce message.....Bien amicalement,F S: (fou du roy à Septemes)